268176-gf   Résumé : Le crime étrange de Mr Hyde, de Jean-Pierre Naugrette, aux éditions Babel, nous retrace les mésaventures du docteur Jekyll sous un nouvel angle. Hyde raconte donc sa version de la célèbre histoire. Ici, le notaire Utrerson, grand ami de Jekyll, devient l’ennemi numéro un, qui harcèle et poursuit Hyde à la moindre occasion. Ce petit jeu digne d’un Attrape-moi si tu peux sera, par ailleurs, le fil conducteur de cette courte histoire.

   Mon avis : Je deviens sans doute de plus en plus exigeant et râleur de ce côté, au fur et à mesure que je m’immerge dans le monde de l’édition et (surtout) de l’autoédition, mais c’est là le gros point noir de cet ouvrage, à mon sens : Hyde parle très bien, mais il semble ne pas connaître la magie de la ponctuation. Le problème, c’est aussi que Hyde parle beaucoup et que, surtout, c’est Hyde qui raconte toute l’histoire ou presque. On se retrouve donc, par moments, à lire deux pages entières, sans la moindre ponctuation. Ni virgule, ni point, rien. Si le suivre dans ses phrases à rallonge est déjà un challenge en tant que tel, le faire sur plus d’une page à la suite relève carrément de l’impossible. Ce qui est d’autant plus énervant que, dans les passages ponctués, Naugrette nous prouve qu’il a un vrai talent pour l’écriture.

   C’est là « tout » ce que j’ai vraiment à reprocher à cette réécriture parce que, dans le fond, les choses sont tout de même très bien menées.

   La réécriture en elle-même, donc, est tout à fait convaincante. Je n’ai que de lointains souvenirs de la véritable histoire de Jekyll et Hyde, de Stevenson, mais les grandes lignes sont bien là, revisitées avec intelligence par l’œil de Hyde.

   On a aussi l’occasion de croiser (très brièvement) Sherlock Holmes. Les fans de ce dernier seront sans doute déçus de ne pas le voir plus longtemps (tout au plus un chapitre et demi) mais, personnellement, l’idée qu’il n’empiète pas sur l’histoire plus que ça me va très bien.

   La fin, quant à elle, sans être des plus novatrices, est vraiment sympathique. Je regrette malgré tout qu’on ait dû passer par tant de chemins détournés (finalement, le passage sur Sherlock n’apporte pas grand-chose) et par tant de chemins non ponctués surtout (oui, je suis chiant avec ça) pour en arriver à ladite fin. Souvent, on entend que telle fin à gâcher telle histoire. Pour une fois, c’est l’inverse, c’est le déroulement de l’histoire qui empiète un peu sur la qualité de la finalité.

   En somme, je suis totalement mitigé sur cette réécriture. Naugrette connaît son sujet, c’est sûr, il sait écrire et même jouer un peu avec le lecteur avec ses sauts temporels dans la narration. Mais le passage Sherlock finalement peu utile et tous ces chemins détournés rendus interminables par leur non-ponctuation m’ont un peu faire déchanter.

Murphy