IMAG0746   On connait tous au moins un des classiques whodunit de la dame Christie : Les dix petits nègres, Le crime de l’Orient Express, Le meurtre de Roger Ackroyd et j’en passe. Mais on oublie souvent de citer aussi les rares textes fantastiques (dans le sens surnaturel de la chose) auxquels elle s’est essayée.

   On retrouve notamment avec le recueil Le flambeau, un enchaînement de paranormal. Je n’ai pas ledit recueil, mais j’ai en revanche la réunion dans le même livre des recueils français Dix brèves rencontres et Allô Hercule Poirot qui, non contents de juste traduire les recueils d’origine, ont préféré s’inventer d’eux-mêmes à partir de nouvelles piochées ici et là.

   Je ne parlerais donc pas, cette fois, des nouvelles policières qui parcourent ces deux recueils. Sans être ignobles, elles sont rarement transcendantes et certaines peuvent même se confondre avec d’autres par moments. Le whodunit n’est pas un genre à nouvelle, d’après moi ; il lui faut la durée d’un roman ou, au moins, d’une novella, pour vraiment se développer. Le style, quant à lui, est fidèle à lui-même, efficace, simple et immersif ; aussi bien dans le domaine policier que dans le genre fantastique.  

   Pour y venir, donc, les nouvelles fantastiques de ces recueils sont de réelles perles du genre. A l’image d’Henry James, Agatha Christie fait glisser le paranormal avec tant de subtilité qu’on a bien du mal à savoir vraiment à partir de quel moment on bascule du réel au surnaturel. La seule différence étant une narration très rythmée chez Christie, que James laissait un peu de côté. Les pistes sont d’autant plus brouillées que des nouvelles policières tout ce qu’il y a de plus réalistes se glissent par-ci par-là.

   On retiendra, de ces recueils, surtout La poupée de la couturière, qui met, comme on s’en doute, en scène une poupée aussi immobile qu’effroyable dans une maison de couture. A coups de petits incidents totalement banals, qui passeraient inaperçus dans la vie réelle, l’histoire arrive à faire monter progressivement l’angoisse, au fur et à mesure que la propriétaire des lieux sombre dans la terreur.

   Le miroir est aussi une très bonne histoire, bien que prévisible, où, telle une prémonition, un homme voit dans une glace le meurtre à venir d’une femme…  

   Dans Le signal rouge, une voyante explique lors d’une séance que l’un des hommes présents ne doit pas rentrer chez lui, ce soir, sous peine d’affronter un grand danger.

   La vivante et la morte, pour sa part, nous fait flirter avec l’hypnose et la possession d’outre-tombe sous couvert de dédoublement de la personnalité.

   La seule chose qu’on pourrait reprocher à ces histoires-là, en plus d’être trop peu nombreuses, serait sans doute leur fin. Comme si l’auteure n’avait pas assumé jusqu’au bout la noirceur de ses récits, elle décide sur certains de renverser la situation, de finir par une fin heureuse ou optimiste. Ce qui gâche un peu l’effroi et l’ambiance de certaines histoires.

   Mais ceci n’empêche pas le plaisir de la lecture, loin de là. Comme tout Christie qui se respecte, on dévore l’ouvrage en quelques heures.

Murphy