gagner   Résumé : Benvenuto Gesufal, notre (anti) héros est un spadassin de la Guilde des chuchoteurs, plutôt un dur à cuire au service du podestat Leonide Ducatore, fin manipulateur oeuvrant pour rester dirigeant de la République dans une belle cité au doux nom de Ciudalia. Il relate, à la première personne du singulier, les différentes missions que son employeur lui soumet. Il va sans dire que ces missions sont plutôt dangereuses et que Benvenuto n'est jamais bien certain de s'en sortir en un seul morceau ou de s'en sortir tout court.

   Mon avis : Ce personnage de Benvenuto a d'ailleurs déjà fait l'objet d'une nouvelle de la part de Jaworski dans Janua Vera : Récits du Vieux Royaume, son premier recueil de nouvelles. Livre qui apparemment pose déjà les bases de cet univers qui se rapprocherait de la période de la Renaissance.

   Dans Gagner la guerre, rien de manichéen. Trahisons, conflits, violence, vendetta : tout est en nuance, et les personnages agissent dans leurs propres intérêts sur fond de politique externe et interne. L'univers est riche et a sa logique propre. Les politiciens prennent à leurs services des assassins, des sorciers, des nécromants, des médecins corrompus.

   Les elfes et les nains ne sont pas éloignés. Notre héros en rencontrera, pour le meilleur et le pire. Et surtout pour la débauche.

   Notre tueur à gage donc est un personnage complexe, à la psychologie travaillée, comme le podestat ou sa fille Clarissima que le lecteur adorera détester. Benvenuto possède un charisme incroyable. Il tient tête à ses interlocuteurs, même dans les situations les plus extrêmes et dangereuses. Il commettra des actions odieuses, basses, viles. Malgré ça, on l'adore quand même. Entre bagout et humour noir, il a tout pour plaire (pour me plaire en l'occurrence). Il n'hésite pas, au cours de l'écriture de son histoire, à prendre à parti le lecteur, à le ridiculiser.

   Premier roman de Jean-Philippe Jaworski, c'est une totale réussite. L'écriture est ciselée, précise, exquise. Jaworski s'amuse avec les mots, invente également un argot propre à la Guilde des Chuchoteurs.

   C'est un livre que je rapprocherai du Déchronologue de Stéphane Beauverger par le caractère de son personnage et de la Horde du Contrevent de Damasio pour le travail sur le vocabulaire juste dément. Si vous avez aimé un de ces trois livres, vous aimerez les deux autres, parole de lutine !

Poppy