Tout écrivain, amateur ou non, le sait : le monde de l'édition, c'est un peu le parcours du combattant, fait d'ascenseurs émotionnels, d'illusions, de rêves, d'attente, de rejets le plus souvent. Ainsi, la ligne éditoriale de la revue littéraire McSweeney's, née en 1998, était d'éditer les nouvelles refusées par les autres magazines. Si l'idée de départ a un peu dévié de sa trajectoire au fil du temps, il n'empêche que certains noms inconnus ou très peu connus se sont vus édités aux côtés des plus grands.

Ce n'est donc pas un livre comme les autres que je vous propose de découvrir dans cet article, mais une anthologie, éditée par Gallimard dans sa collection folio SF, qui regroupe des histoires effroyables issues de McSweeney's (comme son titre l'indique).

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Edité en 2011, l'ouvrage présente 9 histoires fantastiques ou de science-fiction.

1/ Les abeilles de Dan Chaon (un inconnu pour moi, je ne vous le cache pas) a failli me faire fermer le livre à tout jamais - ou, du moins, à passer à la seconde nouvelle. Ici, un ingrédient incompatible avec Murphy&Poppy fait surface : une histoire à la Stephen King (dont nous ne sommes pas fans) où le personnage se réfère sans cesse à son passé afin d'expliquer chaque petit geste, pensée, parole, laissant place à une action réduite, limitée en terme d'espace, de pages. Dans cette nouvelle, nous avons en effet affaire à un personnage masculin au passé lourd. Ancien alcolique qui a plaqué, plus jeune, femme et enfant, Gene a refait sa vie. Une nouvelle compagne, un enfant. Mais que se passe-t-il quand les fantômes du passé, éléments perturbateurs, resurgissent ?
Le pitch et la fin sont prévisibles malgré l'amorce agréablement surprenante d'une ambiance angoissante à souhait. Le fils de Gene a des tendances somnambulliques, sa femme reçoit d'étranges appels mais plus troublante est la description physique du premier fil de Gene. L'histoire aurait mérité un traitement plus long. Elle laisse en effet un sentiment d'inachevé ; à peine parcourue les premières lignes que l'histoire est déjà terminée.

2/ Le général de Carol Emshwiller, seule auteure de l'anthologie, est une nouvelle qui se déroule en temps de guerre. Nous suivons deux points de vue différents qui s'alternent. Le premier est celui d'un prisonnier qui s'est évadé. Emprisonné très jeune, il a passé sa vie à être remodelé par l'armée ennemie au point de leur paraître inoffensif et de devenir un de leur général. A travers son regard, nous suivons son évasion dans les montagnes, sa rencontre avec des êtres humains qui, comme lui, ont tout perdu à cause de la guerre. Mais nous suivons aussi le regard des ennemis qui le traquent.
L'histoire se lit vraiment vite, les événements sont fluides. Cependant la fin est rapide bâclée et quelque part ironique, ce qui, à mon humble avis, ne s'intègre pas parfaitement à l'histoire.

3/ Sinon le chaos de Nick Hornby : C'est l'histoire d'un ado, nouvellement débarqué à Berkeley qui découvre que sa télévision lui permet de voir les futurs programmes et donc tout simplement le futur. A mon sens, la nouvelle aurait pu être divisée en deux parties : une basée sur le ressenti de l'ado stéréotypement libidineux qui s'adresse directement aux lecteurs, avec les tournures de phrases, mots, propres à l'oralité, et la seconde, où on ressent une écriture beaucoup plus mature, relatant la fin du monde. Ces deux parties font que je ressors de cette lecture avec un avis mitigé. Il y a ici du bon, des idées intéressantes, malheureusement tirées vers le bas par des idées déjà vues mille fois et des stéréotypes qui ont la vie dure tant en littérature qu'au cinéma.

4/ Le sean de Chuck de Chris Offutt : Ici l'auteur fait de multiple clins d'oeil à Michael Chabon, éditeur de l'anthologie. Il relate l'histoire d'un écrivain qui, comme beaucoup, n'arrive pas (plus) à écrire. De plus, il sent une présence chez lui qui l'étudie, le fixe comme un fantôme. C'est naturellement qu'il en parle à un ami, scientifique, qui travaille sur une machine à voyager à travers diverses réalités. Il n'en faut pas plus pour notre héros pour se mettre en tête de voyager vers ses autres "lui" qui auraient terminé l'écriture de l'histoire sur laquelle lui-même bute. La nouvelle fait l'effet d'une bouffée d'air frais, même si, comme le recueil nous a habitué, le twist final est prévisible.

5/ L'affaire du canari nazi de Michael Moorcock. Ah un grand nom que je reconnais enfin ! C'est l'Histoire, celle qui faut retenir de cette anthologie. Sir Seaton Begg et son ami John "Taffy" Sinclair, deux détectives métatemporels, travaillent sur une affaire délicate : la nièce d'Hitler, qu'il adulait, relation suscitant les commérages, est morte. Meurtre ? Suicide ? Les deux détectives enquêtent. Forcément, ils rappellent Sherlock Holmes et Watson, de par leur fonction et la relation qu'ils entretiennent l'un avec l'autre (convenable, s'il fallait le préciser). Mais la nouvelle se lit avec un réel plaisir. Les dialogues sont un délice de déductions, de sous-entendus. C'est le coup de coeur de l'ouvrage.

6/ Notes sous Albertine de Rick Moody relate l'histoire d'un journaliste qui enquête sur une drogue, l'albertine, dont on ignore l'origine et qui déferle sur le monde. Elle permettrait de revivre ses bons et ses mauvais souvenirs mais, plus intéressant, de les modifier et de modifier de cette façon son passé. C'est une nouvelle hallucinée qui ferait un très bon court-métrage, voire film (enfin, tout dépendrait du réalisateur). Au fur et à mesure de son déroulement, l'histoire devient floue, ce qui est peut-être voulue. Mais la nouvelle est vraiment très longue et il m'est devenue difficile de m'y accrocher. J'ai donc simplement décroché de l'histoire mais aussi du reste de l'anthologie.

7/ La danse des esprits de Sherman Alexie, 8/ Derniers adieux d'Harlan Ellison et 9/ l'agent martien, roman d'aventures planétaire de Michael Chabon sont trois nouvelles que j'ai survolé pour diverses raisons : le thème ne m'intéressait pas, l'histoire se mettait en place lentement, très-trop lentement. Je les laisserai donc de côté.

 

Pour conclure, les nouvelles sont vraiment trop hétérogènes, de niveau inégal. J'aurai apprécié un fil conducteur, un thème récurrent. L'ouvrage propose quelques bonnes surprises (Moorcock) mais les nouvelles restent prévisibles. Les twists finaux, quand il y en a, sont plutôt superflus car téléphonés. C'est donc une anthologie plutôt moyenne.

 

Poppy (à la recherche d'autres enquêtes métatemporelles).