faerie* Broché: 446 pages * Editeur : Pocket * Collection : Terreur *

Résumé : La maison du vieux Kessler était perdue dans les bois... Une ferme splendide et pleine de recoins, où Phil et Gloria pensaient trouver le calme, loin de la ville et de l'agitation. Mais ce que trouvent leurs trois enfants est bien différent : d'étranges histoires de clairières hantées, de lueurs qui dansent dans la forêt et de trésors enfouis... Bientôt, ce qui avait la couleur du rêve se change en un terrifiant cauchemar. Des puissances oubliées se sont réveillées et convoitent les enfants. Pire encore : leurs âmes.

Mon avis :Parmi les aspects positifs de ce livre, on peut tout de suite noter que l’auteur a une grande culture celtique, ça se voit. Plonger dans le versant horrifique de ces légendes mériterait d’ailleurs qu’on s’y essaie plus souvent en littérature.

De plus, certaines scènes bien pensées, entre érotisme et horreur pure, qui dénotent d’ailleurs avec le reste que j’ai trouvé assez plat et convenu de l’histoire.

Malheureusement, le bât blesse du côté des personnages plutôt insipides. Ils sont riches, ils sont beaux, ils n’ont aucun problème si ce n’est que la fille de la famille voit le monde s’écrouler sous ses pieds quand on lui dit que son cheval personnel ne sera pas là avant quelques mois. Un grand drame, à n’en pas douter, qui donne tout de suite le ton : en plus d’êtres riches et « parfaits », les personnages sont aussi superficiels dans tous les sens du terme, aussi bien du point de vue de leur mentalité que du traitement que l’auteur leur a réservé.

Je ne vais pas être tendre pour la suite car j’imagine que je m’attendais à bien plus de ce que beaucoup nomment un classique du fantastique horrifique. La déception a donc été des plus grandes pour moi. Les clichés pleuvent à n’en plus finir : le seul personnage qui comprend ce qui se passe est porté disparu avant d’avoir pu en parler, on dit clairement aux héros de ne pas toucher à la cave, alors forcément, ils vont tout de suite s’y précipiter pour faire leurs recherches. Les méchants sont méchants parce qu’ils sont méchants, leur seul mobile est de venir envahir le monde pour le seul plaisir de l’envahir.

Côté cliché américain, on peut aussi noté que les enfants sont forcément passionnés de baseball et de télévision, les adolescentes tombent forcément amoureuses du premier voisin qu’elles croisent et se marient avec à peine quelques mois plus tard. Et quelle que soit la menace qu’on affronte, même quand elle vient des légendes celtiques, il suffit de nommer Dieu, le Dieu chrétien qui n’a donc rien à faire dans ces mythes celtes, pour s’en sortir… Là, ça a été un peu trop pour moi. Qu’on le nomme pour affronter un démon ou le diable, ça a une certaine logique. Contre des fées et des farfadets, je n’y vois qu’un manque frappant d’imagination de la part de l’auteur.

Autre point qui m’a grandement déplu : les dialogues. Sur ce coup, j’ignore s’il faut vraiment blâmer l’auteur ou si c’est le traducteur qui n’a pas su retranscrire correctement son récit, mais les dialogues sont atroces. Tous les personnages parlent de la même façon, avec les mêmes habitudes langagières, qu’ils aient 10 ou 80 ans. Et aucun ne parle de façon réaliste, on a l’impression de les écouter débiter un exposé à chaque fois, autant dans la façon de s’exprimer que dans la durée de leur intervention. Il y a finalement peu de « vrais » dialogues, c’est la plupart du temps un enchainement de pavés, comme si, comme je disais justement, chacun n’avait que 10 minutes pour raconter sa partie de l’exposé. C’est d’autant plus flagrant que la narration est, elle, très bonne et tout à fait maitrisée.

En dernier point négatif, je dirais que l’histoire tourne en rond. Pendant plus de la moitié du livre, on suit le même schéma. La famille fait sa vie tranquillement, quelqu’un a l’impression qu’on les espionne mais ne dit rien, et puis le lecteur à droit à une description des plus flous des créatures qui guettent dans leurs buissons. Sur les 200 premières pages, au moins un chapitre sur deux suit ce schéma, sans évolution aucune. La terreur, si on avait réussi à la toucher du doigt à un moment, s’estompe donc très vite pour laisser place à la lassitude.

En bref, je pense que ce roman est des plus surestimés. En tout cas, depuis le temps que j’en entendais parler et que j’entendais toutes les louanges à son sujet, je l’ai personnellement grandement surestimé. Je ne connais pas grand-chose de l’auteur, Raymond Feist, mais si on me disait que Faërie était son tout premier roman, une histoire de jeunesse quand il se lançait à peine dans l’écriture, je le croirais sans mal. Comme je le disais, on ne peut pas non plus savoir où s’arrête le travail de l’auteur et où commence celui du traducteur ; et j’ignorerais donc toujours si cette histoire était une bonne histoire sabotée par un traducteur ou une très mauvaise histoire que le traducteur a tout fait pour sauver, en vain.

Reste qu’il faut avouer que l’idée d’origine est très bien trouvée. Revisiter les mythes celtes vaut malgré tout le détour et, pour peu qu’on n’ait pas des attentes démesurées comme celles que j’avais sans doute, la lecture peut sans doute être plaisante.

Murphy