Débat 1 - Horreur et fantastique

À errer du côté des films et livres d'épouvante et fantastique, j'ai remarqué quelque chose de particulier : une grande majorité considèrent qu'horreur et fantastique sont le même genre. Intrigué, j'ai tenté de fouiller un peu pour comprendre. Car pour moi, il s'agit bien de deux choses distinctes. Alors comment expliquer cette fusion aux yeux de nombreux fans ? J'ai repéré 4 hypothèses plus ou moins reliées(+ 1 fausse hypothèse, saurez-vous la reconnaître ?) pour expliquer ceci.

 

Avant tout, pourquoi Horreur et Fantastique sont deux genres distincts à mes yeux ?

Pour répondre de façon concise, des exemples s'imposent :

Misery et Haute tension : vous connaissez sans doute le premier, au moins de nom, peut-être pas le second. Ces deux livres/films sont clairement horrifiques, et en rien fantastiques.

L'un montre un écrivain torturé par une fan, l'autre suit une femme en proie à un tueur qui a enlevé son amie. Pas de surnaturel en vue. Par contre, le sang, la terreur et la tension sont bien là. On est donc bien face à des œuvres horrifiques. Ce serait dur de le nier.

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Haute tension (à ne surtout pas confondre avec Hyper tension !)

 

Harry Potter et Le fantôme de Canterville : encore deux exemples assez connus, au point que les résumer serait inutile. Ici, c'est tout l'inverse de Misery, le surnaturel est partout, l'horreur beaucoup moins. Bien sûr, certains diront que Voldemort n'a pas totalement la tête d'un bisounours, mais de là à catégoriser cette saga d'horrifique...

Le fantôme de Canterville va même plus loin puisqu'il s'agit d'une comédie ! On suit les galères d'un fantôme qui n'arrive pas à effrayer les habitants de sa maison. Cette parodie surnaturelle ne pourrait pas mieux montrer que fantastique et horreur ne sont pas siamois.

 

D'accord, la différence est claire. Mais alors, d'où vient la confusion?

Je ne garantis aucune réponse en la matière, mais j'ai pu trouver quelques pistes, au gré des recherches et discussions avec des fans de littérature et de cinéma.

 

1- Les deux genres ont un ancêtre commun : ou le fantastique selon Lovecraft

Pour Lovecraft, "La plus vieille et la plus forte émotion de l’humanité est la peur ; et la forme de peur la plus ancienne et la plus forte est celle de l’inconnu". Et quoi de plus inconnu que des forces étranges, surnaturelles, venues d'ailleurs ? En bref, pour Lovecraft, le fantastique doit provoquer la peur.

Il a excellé en la matière et n'a pas été le seul : Edgard Poe, Bram Soker, Sheridan Le Fanu, Théophile Gautier, Arthur Machen, Robert Bloch, Henry James, Jean Ray, E. T. A. Hoffmann, Guy de Maupassant, Graham Masterton et bien d'autres maîtres de toute époque l'ont prouvé.

Ainsi, horreur et fantastique ont une histoire commune assez forte et toujours aussi présente de nos jours. Et même s'ils sont distincts, force est de constater qu'ils font bien la paire ! Mais est-ce suffisant pour mélanger les deux ? Eros et Thanatos sont aussi très proches et pourtant, personne ne confond Sexe et Mort.

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Nosferatu, parfait exemple de terreur fantastique

 

2- Pour aller plus loin : Le fantastique d'origine était horrifique... et non fantastique !

Plus sur le versant de l'épouvante que de l'horreur, à vrai dire, le fantastique puise ses origines dans des récits gothiques... rationalisés !

C'est-à-dire qu'on nous narre une histoire d'épouvante à base d'entités maléfiques et de fantômes. Et qu'en conclusion, on nous apprend qu'il n'en était rien ! Le fantôme n'était qu'un costume, les apparitions une hallucination. Un retournement de situation à la Scooby-doo et le tour est joué. 

Cet aspect a ensuite connu quelques mutations. D'une part, avec des textes qui s'en défont totalement (Dracula reprend les codes du livre gothique mais assume totalement son aspect surnaturel) et qui représentent le Fantastique moderne selon moi. D'autre part, avec le "fantastique ambigu". C'est-à-dire qu'à la fin de l'histoire, on ignore toujours si on a bien lu un récit fantastique ou si le personnage était simplement fou.

C'est le cas du célèbre Horla de Maupassant. L'histoire joue sur la terreur provoquée par l'intrusion d'une entité chez le narrateur. Mais est-ce la réalité ou un délire ? Au final, on retrouve donc un texte fantastique où le fantastique est incertain mais où l'horreur et la terreur sont bien présentes !

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Scooby Doo, parfait exemple de fantastique rationalisé. (Oui bon, on fait avec les exemples qu'on trouve !)

 

3- Quand de l'horreur n'est pas surnaturelle, on la qualifie par un autre terme : thriller, thriller psychologique, survival, slasher, gore, etc.

Le silence des agneaux ? Un policier. The strangers ? Un home invasion. Misery ? Un thriller psychologique. Haute tension ? Un thriller survival à tendances gores. Saw ? Pareil, à tendances gores aussi dans ses suites inutiles. Halloween ? Un slasher. Scream ? Un "méta" slasher whodunit. Les Vendredi 13 ? 42 slashers interminables. La dernière maison sur la gauche ? Un rape and revenge.

En revanche, Les griffes de la nuit, L'exorciste, Nosferatu ? On en parlerait autant comme de films fantastiques que comme des films d'horreur. On peut préciser selon le film (Les griffes de la nuit est un slasher au même titre que Halloween). Mais on aurait plus tendance à parler d'horreur en général, alors qu'on préciserait plus souvent, pour Halloween, qu'il s'agit d'un slasher.

Cette supposition ne me convainc pas entièrement. Le slasher est un sous-genre de l'horreur ; par définition, dire qu'un film est un slasher suppose donc qu'on sait que c'est un film d'horreur.

En revanche, force est de constater que l'horreur n'est pas forcément reconnue dans les thrillers et policiers qui l'utilisent. Pour moi, Le silence des agneaux est autant un film d'horreur qu'un policier. Mais c'est effectivement le côté policier qu'on nous vend en général ; l'horreur est relayée à un composant de l'ambiance. Ce qui rejoint d'ailleurs la dernière hypothèse de l'article (quel suspens !)...

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Les films Evil dead = Fantastique, Horreur, Survival, Film de possession démoniaque, Film de zombies, Film de voyages dans le temps, Comédie, Gore, Slasher... Vu comme ça, on comprend qu'on puisse s'y perdre !

 

4- L'horreur fantastique reste quand même le meilleur mélange de genres imaginable!

Quoi ? Comment ça, ça compte pas comme un vrai argument ? Vraiment ? C'est nul !

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Franchement, vous connaissez une histoire d'épouvante plus efficace que Ju On, vous ? Bon d'accord, là sur l'image, elles jouent à "Devine qui c'est ?" mais c'est pas une raison !

 

5- Le fantastique comme genre d'ambiance et non pas d'histoire?

C'est l'une des réponses qui m'a le plus surpris. Et finalement, c'est peut-être l'explication qui me convainc le mieux.

La confusion ne viendrait pas d'une confusion de genres, mais d'une divergence de définitions des genres susnommés (parfaitement, il m'arrive de parler de façon distinguée par moments !).

 

D'un côté, donc, "ma" définition (et celle d'autres fans de fantastique/horreur qui me permettent de me sentir moins seul) :

- le genre horreur est un genre d'ambiance : on peut l'appliquer à tout type d'histoire (fantastique, SF, fantasy, romance, historique, etc.). L'horreur vise à effrayer, épouvanter, estomaquer ou dégoûter et passe, pour ce faire, par l'ambiance du récit, non pas par ses éléments concrets.

- le genre fantastique est un genre d'histoire : il est définit par l'histoire elle-même. Il y a un vampire avéré dans votre livre ? Alors c'est par définition du fantastique (si ledit vampire vit dans notre monde et a eu ses pouvoirs de façon surnaturelle, sinon on parlera de Fantasy ou Science-fiction, mais ça, c'est une autre affaire). L'ambiance peut varier (horreur ou comédie par exemple), mais les éléments fantastiques sont forcément présents.

 

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Le vampire, par sa simple présence dans notre monde, suppose du Fantastique mais pas forcément de l'Horreur.

 

De l'autre côté, la définition de personnes à qui j'ai pu parler de ce sujet, et qui expliquerait le mélange :

- le genre horreur garde la même définition

- le genre fantastique, en revanche, est cette fois un genre d'ambiance (au même titre que l'horreur donc). Le fantastique possède des procédés qui lui sont propres mais qui ne sont pas concrets, pas palpables dans l'histoire (par exemple, une histoire écrite sous forme de journal intime, qui met l'accent sur le mystère et la tension psychologique).

De ce point de vue, effectivement, les deux genres se rapprochent au point même de fusionner : les deux relèvent de l'ambiance et non des faits, les deux visent la terreur et la tension. Ainsi, Frankenstein, à mes yeux de la pure Science-fiction (et d'ailleurs un précurseur du genre... du genre SF je veux dire) est vu par certains lecteurs comme du fantastique. Le procédé est effectivement typique des classiques du genre (le genre Fantastique cette fois, et oui, il faut suivre !) : on y retrouve une histoire narrée à la première personne, qui met l'accent sur une terreur issue d'éléments hors normes et non naturels.

 

Pour résumer, l'horreur et le fantastique ont un ancêtre commun, le fantastique d'origine était horrifique et non fantastique, l'horreur non surnaturelle a d'autres appellations, le fantastique peut être vu comme un genre d'ambiance et, de toute façon, horreur et fantastique resent le meilleur mélange de fiction immaginable (j'insiste !).

Je continuerai, pour ma part, à distinguer les deux ; pour les romans que j'écris, je précise d'ailleurs toujours "Horreur/Fantastique", "Épouvante/Fantastique" ou "Thriller/Fantastique" selon les déclinaisons. Non pas pour hypnotiser les gens et faire entrer dans leur inconscient que mes récits sont fantastiques et géniaux, mais pour bien montrer qu'ils sont Fantastiques, dans le sens surnaturel du terme, et Horrifiques (ou variantes).

 

Et vous, faites-vous la distinction des deux genres ou pas du tout ? Pourquoi ? Comment ? Où est passé le sel ? Qui a volé l'orange ? Comment ça, je m'emballe sur les questions ?

 

Murphy Myers