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Résumé des Proies de l'ombre de Charles L. Grant :

La vie de tous les jours dans une petite ville d'Amérique : les maisons aux pelouses ombragées, les enfants qui jouent dans les jardins, les hommes qui s'affairent dans leurs bureaux...

Et puis, silencieusement, insidieusement, une faille, une fêlure qui menace cet uni­vers tranquille : des enfants qui empruntent un toboggan vers l'ailleurs, une vieille dame qui joue du piano pour dérober le bonheur des autres, des bruits de pelle dans la nuit, des balançoires qui oscillent toutes seules et sans l'aide du vent, un accident de voiture condamné à se répéter pour l'éternité, un amour absolu aux conséquences horribles, un héritage de sang, des souvenirs d'adolescence qui se révèlent mortels... Et, tout au bout, la terreur, une terreur si douce...

Onze contes fantastiques modernes par celui que Stephen King considère comme « un des meilleurs écrivains de sa génération, ou de n'importe laquelle ».

 

Mon avis sur Les proies de l'ombre de Charles L. Grant :

Charles L. Grant est relativement peu connu en France ; c'est pourtant un grand auteur anglo-saxon du fantastique moderne dont la réputation n'est plus à faire là-bas. Alors quand j'en ai entendu parlé, j'ai immédiatement voulu découvrir ses œuvres. J'ai jeté mon dévolu sur le recueil Les proies de l'ombre, à défaut de trouver un roman traduit de cet auteur...

Dans la préface, l'auteur raconte qu'il fait de "l'horreur subtile". Pas, ou peu de monstres par ici. L'effroi vient de l'ambiance en elle-même. Une version filmée d'une nouvelle de Grant se passerait d'effets spéciaux par ordinateur, par exemple, et ne recourraient qu'à quelques effets "physiques". Et j'adore ça, j'adore et j'approuve ce concept, cette façon d'amener l'horreur que les modes actuelles semblent vouloir délaisser !

A ce sujet, petite parenthèse : si vous avez été attiré par la couverture du livre, vous allez être déçu ! Elle ne pourrait pas être plus mal choisie et plus hors sujet. Et je me demande d'ailleurs quel éditeur a pu se dire "L'auteur et la préface nous expliquent bien qu'il s'agit de terreur subtile, pas de scènes visuellement choquantes ? Ah, bah mettons une fille à poil et en sang sur la couverture, ça sera parfait !". S'il pouvait effectivement espérer mieux vendre avec ça, il a du se mettre à dos pas mal de fans de gore qui ne trouveront jamais leur compte dans ces nouvelles !

Mais revenons à notre sujet : ces nouvelles d'angoisse donc ! Ma préférence va à la toute première du recueil, où des "vampires" déshumanisent les foules. Dès qu'il y a un accident de la route, tout le monde vient s'attrouper pour voir mais personne ne réagit. L'auteur a alors imaginé une explication à ce fait malheureusement trop souvent réel : ces foules comportent toujours des "vampires" sans cœur, qui contaminent les autres. Et on ne peut rien y faire. Comment ne pas adhérer à un concept si simple et pourtant si génial ?

Deux autres de mes petites préférées jouent plus encore sur la carte de l'étrange et auraient fait de superbes épisodes de la 4e dimension : d'un côté, un accident de voiture qui se répète chaque semaine, et dont la victime est toujours la même, mais à chaque fois plus jeune, et qui semble avoir tant aimé que le voisinage vienne à son secours la première fois qu'elle répète en boucle son drame (belle mise en pratique de l'adage "donnez lui la main, il vous bouffera le bras" et parfaite allégorie de ces personnes qui se confortent dans leur malheur dans le seul but d'attirer la sympathie et l'assistance d'autrui) et d'un autre côté, un texte sur les souvenirs qui prennent vie, ou plutôt, où les souvenirs emprisonnent les gens à jamais.

Mon véritable bémol (hormis cette couverture terriblement mal choisie, mais que je ne peux pas imputer à l'auteur) serait, paradoxalement, sur la lenteur générale de certaines nouvelles. Alors oui, ça fait partie du processus, j'en ai bien conscience, et d'ailleurs, l'auteur l'explique lui-même : pas d'actions effrénées ici mais une angoisse sournoise qui se glisse dans l'ambiance des textes. Mais je pense quand même qu'il y aurait eu matière à raccourcir certaines histoires, où je me suis dit, en fin de lecteur "Ok, donc tout ça pour ça en fait ?".

Les nouvelles de Grant ne m'ont pas toutes transporté mais elles ont été nombreuses à me ravir. Et, à vrai dire, plus je repense à elles, plus je les aime ! Ce n'est pas le genre de livre qu'on peut lire à la va vite (ça aussi, on nous le dit en préface et je ne peux qu'adhérer). On est loin d'un page turner (ce qui n'empêche pas que j'ai dévoré la chose sans difficulté). Ici, on serait plus dans un genre Lovecraftien, où il faut savourer la lecture, savourer les subtilités et les frissons qu'elles procurent. Et avec des idées aussi originales et bien mises en scène (j'aurais aimé, en tant qu'auteur, avoir de telles idées !), on ne va pas se gêner de toute façon !

Murphy Myers