Guide-de-survie-pour-le-voyageur-du-temps-amateur

Résumé du Guide de survie pour le voyageur du temps amateur de Charles Yu :

Mon nom est Charles Yu. Je suis réparateur de machines à voyager dans le temps. Accompagné d'Ed, mon chien, et aidé de TAMMY, une intelligence artificielle supérieurement intelligente mais assez inutile, je m'efforce de m'extraire d'une sordide boucle temporelle : dans moins d'une minute, mon moi du passé va essayer d'assassiner mon moi du présent, qui, dans le passé, a déjà essayé d'assassiner mon moi du présent, qui, en fait, à l'époque, était mon moi du futur, qui est en réalité mon moi actuel.

 

Mon avis sur le Guide de survie pour le voyageur du temps amateur de Charles Yu :

Ma lecture a été mitigée. En fait, je ne sais toujours pas dire si j'ai aimé ou non, il y a autant de bons côtés que d'aspects à mes yeux rébarbatifs.

Place aux qualités d'abord : l'originalité du style ! Oui, l'histoire est en soi banale, difficile d'innover avec les voyages dans le temps, mais le style est tout personnel. La mélancolie générale est prenante ; d'ailleurs, si vous n'êtes pas dans un bon jour, repoussez cette lecture jusqu'à ce que ça aille mieux ^^

Le style est si impeccable et prenant que le seul autre auteur qui me vienne à l'esprit sur ce point est Christopher Priest, véritable magicien des mots (et n'oublions pas non plus les traducteurs de ces œuvres, qui ne sont pas non plus inconnus à la perfection de ce style traduit, et sans qui vous ne liriez même pas ces lignes en ce moment).

Les personnages m'ont bien plu aussi : d'abord cette famille déchirée et ce rapport père/fils aussi complexe que réussi. On se demande à quel point l'auteur a puisé dans sa propre vie pour retranscrire tout ça. Et s'il a tout inventé, on tient là un auteur de génie ! La mère, plus en retrait, compense par une histoire plutôt originale : la vraie mère, d'un côté, a souscrit un contrat qui lui fait revivre en boucle la même heure de sa vie (version SF des maisons de retraite, en somme), et la Mère qui n'a jamais été, d'un autre, fantasme maternelle sans substance réelle et finalement sans intérêt comme le comprendra le héros.

Les personnes non humains sont aussi très bons, c'est grâce à eux qu'on peut avoir quelques sourires par moments dans cette lecture : le robot dépressif Tammy n'égale pas Marvin du Guide du voyageur galactique (aucun personnage ne peut !) mais elle n'essaie en fait même pas (ce qui est une très bonne chose) et propose une personnalité déprimée mais d'une façon très différente, plus dans le versant fragile et jamais sûre d'elle. L'autre personnage non humain, un logiciel qui se croit humain, permet aussi quelques passages sympathiques et, finalement, particulièrement tristes aussi.

Enfin, le personnage central, celui qui sous-tend tout cet univers. Si sa tendance à répéter sans fin les mêmes choses et à ressasser le passé peut fatiguer à la longue, je me suis facilement identifié à lui (et à ses névroses).

Place maintenant aux défauts. D'abord, l'aspect trop flou de cet univers. J'aime beaucoup le concept d'utiliser le voyage dans le temps comme une métaphore de la vie (des gens qui vivent dans le passé, qui répètent/ressassent en boucle des événements, qui font du sur-place dans leur vie, qui ne sont jamais vraiment là, dans le temps présent ou qui "flinguent" carrément leur avenir ; littérallement, une balle dans le futur "soi") mais le désavantage d'une telle approche est une histoire trop abstraite. J'ai lu la moitié du livre sans savoir ce que je devais visualiser au juste, comme scène. Le passage dans les "ratés du script" aussi intéressant soit-il, illustre parfaitement cette abstraction générale.

Ajouté à cet aspect des explications scientifiques qui parsèment le texte et ennuient plus qu'autre chose. Si le récit dans son ensemble n'était pas si bien écrit, je me dirais presque que ces passages n'ont été ajoutés que pour rallonger la sauce.

L'histoire en elle-même tourne en rond ou, plutôt, ne commence jamais vraiment. La véritable histoire, c'est plus la vie du héros, ses souvenirs, ses névroses, que cette boucle temporelle que le résumé nous promet. L'éditeur me parait plus à blâmer que l'auteur sur ce coup : d'abord avec ce résumé qui met le doigt sur ce qui n'est en fait qu'un détail, un prétexte, dans le récit ; ensuite en nous proposant un titre français hors sujet (le titre original se traduit par : "Comment survivre dans un univers de science-fiction", ce qui change quand même sensiblement la compréhension de l'histoire par un lecteur... surtout quand on a affaire à un Skywalker, un chien "qui n'aurait jamais dû exister", une machine à voyager qui utilise la conjugaison comme moteur ou encore le fameux axe des "ratés du script").

 

Ce guide est une lecture étrange, prenante, mélancolique, décevante, géniale, abstraite, intrigante, trop lente, plutôt courte. Voilà qui résumera parfaitement mon avis mitigé, ou plutôt paradoxal. Il tend plus vers la littérature blanche et le précis de philosophie que vers la parodie de SF à laquelle je m'attendais (même s'il y a effectivement de ça aussi malgré tout). Quant à savoir si c'est une bonne ou une mauvaise chose, espérons que le futur moi le saura mieux que moi ! ^^

Murphy Myers