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Résumé de Sorcière de chair de Sarah Buschmann :

Australie, 2016.

Sept ans après un massacre qui a décimé toute une famille, de nouveaux meurtres surviennent à Melbourne. Des homicides si sordides que la Sorcellerie de Chair, taboue depuis les grandes chasses qui ont déchiré le pays, est évoquée.

Pour Arabella Malvo, lieutenant de la brigade criminelle, ils s’avèrent particulièrement déstabilisants. Pourquoi les victimes lui ressemblent-elles comme des sœurs ? Le meurtrier la connaît-elle ? Pourquoi maintenant ?

Une chose est sûre : l'abîme qu’elle fuit depuis toutes ces années risque de s’ouvrir à nouveau sous ses pieds. Et cette fois, de l’engloutir pour de bon…

Disponible ici !

 

Mon avis sur Sorcière de chair de Sarah Buschmann :

La chronique du jour est assez particulière : en effet, j’ai déjà lu Sorcière de chair il y a deux ans, comme bêta-lecteur. On pourrait stopper la chronique là : tout le monde se doute que je ne l’aurais pas lu une seconde fois si ce texte n’était pas génial. Mais je vais développer un peu quand même, si vous permettez (sauf si vous préférez directement l’acheter et vous faire votre propre avis, bien sûr !).

Sorcière de chair s’impose dès les premières lignes comme une lecture brutale, directe, envoûtante. Pour tout dire, il ne m’a fallu qu’une journée pour le dévorer lors de cette deuxième lecture.

L’histoire n’hésite pas à sortir des sentiers battus de son genre. Oubliez la bit-lit à base d’amourettes d’adolescence qu’on nous rabâche, pour mon plus grand malheur, depuis des années. Ici, c’est le sang, la noirceur et la vengeance qui animent les personnages. Arabella, l’héroïne, en est l’exemple le plus réussi et le plus complexe. On la plaint, on la craint, on découvre sa personnalité peu à peu, jusqu’à ses pensées les plus noires, et au final on l’adore quoi qu’il arrive.

Les autres personnages ne sont pas en reste. Si son coéquipier Nolan démarre comme une sorte de coureur de jupon sans intérêt, il gagne vite en profondeur et ajoute une tension supplémentaire à l’intrigue policière. Aaron, agent plus mystérieux qui vient en aide à l’héroïne, se pose comme une énigme qu’on brûle de résoudre. De même que Chiara, autre collègue discrète qui s’avère particulièrement intéressante dans sa psychologie. Plus que ces personnages fouillés, leurs rapports nous tiennent en haleine jusqu’au bout. Tout le monde soupçonne tout le monde, la paranoïa les gagne peu à peu. Nous seuls, lecteurs, pouvons profiter d’une vue d’ensemble et comprendre à quel point ils foncent tous dans le mur ; et c’est jouissif !

Après ces personnages hauts en noirceur, c’est la mythologie inventée qui m’a emporté. Des sorcières de chair, rien que le nom donne des frissons. On découvre peu à peu leur nature, leurs pouvoirs, leur fonctionnement ; et impossible de lâcher le livre tant on veut tout savoir de ces créatures qui allient si bien vieilles légendes sur le sujet et modernité toute scientifique. Car l’autrice ne se contente pas de sorcières traditionnelles : ici, elles peuvent contrôler le cerveau humain en un simple toucher. De là, les possibilités sont légion : utiliser un passant comme espion-marionnette, bloquer la parole ou la mémoire à court-terme, voire effacer des souvenirs. Une belle inventivité, qui va jusqu’au bout de son concept, permet de rajouter encore à l’ambiance et de proposer des meurtres aussi horribles qu’inventifs.

Ce qui m’amène à une autre grand qualité de ce roman : on n’a pas peur de plonger dans le gore à corps perdu. Les victimes se mutilent sous le contrôle du tueur (une sorcière, un sorcier ? l’aspect whodunit n’a jamais été aussi oppressant) et fournissent des scènes d’horreur des plus réussies ! Les âmes sensibles préféreront sans doute survoler ces passages ; pour ma part, je trouverais dommage de passer à côté de telles pépites rouges, même si la violence psychologique reste le plus marquant dans cette histoire (encore un bon point !).

Enfin, je dois admettre avoir tout de même quelques petits bémols, issus directement de ma bêta-lecture deux ans plus tôt. J’ai repéré certains remaniements qui m’ont moins convaincu que la version originelle. Des détails sanglants ont disparu ; certains par nécessité (et j’approuve), d’autres en revanche pour des raisons qui m’échappent ; et un personnage, en particulier, a beaucoup changé. Je n’en dirais pas davantage pour éviter de spoiler, mais le climax s’en trouve amoindri, oscillant plus vers la bit-lit traditionnelle. Cependant, cet aspect est assez subtil et ne saurait gêner quelqu’un qui découvre ce tome pour la première fois.

Ce qu’il faut retenir de Sorcière de chair : les personnages sont excellents, les rebondissements réussis, le mythe de la sorcière n’a jamais été aussi bien modernisé et effrayant, l’ambiance tendue est réussie, entre suspicions et soupçons de gore bien amenés. J’avais deviné l’identité du coupable en cours de route, lors de ma bêta-lecture. Dans cette nouvelle monture, je ne sais pas si j’aurais compris si vite : tout a été réagencé subtilement pour mieux noyer le poisson. En bref, foncez !

Murphy