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Résumé de Rituel de chair de Graham Masterton :

Lorsqu'on est critique gastronomique et que l'on a fini par se lasser de la cuisine médiocre que proposent les auberges américaines, on se sent plein d'appétit en apprenant l'existence, au fin fond du Connecticut, d'un restaurant français très fermé qui, attrait supplémentaire, ne figure sur aucun guide. Aussi Charlie McLean n'aura-t-il de cesse de s'y faire admettre. Mais pour la secte qui tient le " Reposoir ", la cuisine n'est pas seulement un art, c'est une véritable religion à laquelle on se dévoue... corps et âmes. Et chacun doit donner du sien.

 

Mon avis sur Rituel de chair de Graham Masterton :

Le meilleur Masterton à ma connaissance ? On en était pas loin mais non ! Rituel de chair est à la fois l'un de mes Masterton préférés et un de ceux que je trouve les plus décevants.

Pourquoi un de mes préférés ? Parce que l'histoire, qui part pourtant sur le thème assez classique du cannibalisme, utilise une approche vraiment originale. Ici, on parle de personnes qui se mangent elles-mêmes. Que faire contre ça ? Est-ce même vraiment un problème ? Après tout, chacun ne devrait-il pas être maître de son propre corps ? Mais comment faire quand on est le père d'une de ces personnes ? Un adolescent n'est-il que la propriété des parents, n'a-t-il pas le droit de faire ses propres choix, même si ce choix revient à se détruire lui-même ? Rituel de chair nous amène sur le terrain de toutes ces questions que l'on ne pensait pas avoir à se poser un jour. Et j'ai adoré cet aspect.

Dans le prolongement de cette idée, les "méchants" de l'histoire sont ici bien plus nuancés que d'habitude. Ils pensent réellement être dans leur bon droit et œuvrer pour une bonne cause. Ce qui ne les empêche pas de se salir les mains (avec du sang, de préférence) s'il le faut. Je les ai donc trouvés plus intéressants que les entités Mastertonniennes habituelles, tout en étant aussi sinistres et effroyables. Le côté malsain des scènes gores en ressort avec d'autant plus de force. En bref, totale réussite là encore !

Côté personnages, on n'est pas en reste non plus. Ils sont tous réussis et intéressants. Même l'obsession du héros ne m'a pas paru gênante (là où une obsession similaire était vraiment insupportable dans Le Sphinx, par exemple). Mention spéciale pour "l'enfant" qui réserve bien des surprises (mais je ne dirai rien ! À vous de lire pour en savoir plus).

Mais alors, pourquoi serait-ce le Masterton le plus décevant avec toutes ces louanges ? Rituel de chair est pour moi un sans faute de A à Y. Manque juste le Z, la dernière marche où tout s'effondre. La dernière marche correspondant ici aux 20 dernières pages du roman. Je m'attendais à deux fins possibles. Aucune des deux n'était spécialement originale mais elles avaient au moins le mérite d'achever ce chef-d’œuvre comme il se doit. Masterton a préféré une troisième fin, sorte de mélange des deux fins espérées, certes plus "originale" mais tellement mielleuse et insupportable ! On balaie tout ce qu'on vient de lire, l'idée que personne n'est entièrement bon ou mauvais, les questions philosophiques sur l'anthropophagie que l'on ne pensait même pas se poser un jour. On efface tout et on remplace ça par l'idée qu'il y a le Bien et le Mal, et que les Gentils s'en sortent toujours parce qu'ils sont gentils tandis que les Méchants sont punis parce qu'ils ont été méchants... Le tout saupoudré de religions comme je les aime pas. Et pour bien enfoncer de clou, on enchaîne sur un épilogue cliché et inutile. Je ne spoilerai rien de cette fin, ni de cet épilogue, mais ils m'ont particulièrement frustré. Si l'histoire avait été moyenne jusque-là, je n'aurais peut-être même pas relever. Mais gâcher une histoire pareille avec une fin si convenue, ça relève du crime littéraire.

Rituel de chair est donc à la fois l'un des meilleurs Masterton et l'un des plus décevants. Pour ma part, je renie les dernières pages pour en conserver le souvenir d'un coup de cœur littéraire. Peut-être même que je le relirai un jour (et que je renierai à nouveau la fin, mais là n'est pas la question). Malgré cette dissonance d'opinion, on ne peut nier la maitrise de Masterton sur son sujet et ses personnages. C'est d'autant plus flagrant quand on commence à connaître quelques uns de ses textes. On retrouve des thèmes récurrents d'un livre à un autre et, pour l'instant, Rituel de chair est celui qui traite ces thèmes avec le plus de justesse.

Murphy