Murphy & Poppy

21 avril 2018

Trilogie Silo - Hugh Howey

 

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Résumé de Silo de Hugh Howey:

Dans un futur postapocalyptique indéterminé, quelques milliers de survivants ont établi une société dans un silo souterrain de 144 étages. Les règles de vie sont strictes. Pour avoir le droit de faire un enfant, les couples doivent s’inscrire à une loterie. Mais les tickets de naissance des uns ne sont redistribués qu’en fonction de la mort des autres. Les citoyens qui enfreignent la loi sont envoyés en dehors du silo pour y trouver la mort au contact d’un air toxique. Ces condamnés doivent, avant de mourir, nettoyer à l’aide d’un chiffon de laine les capteurs qui retransmettent des images de mauvaise qualité du monde extérieur sur un grand écran, à l’intérieur du silo. Ces images rappellent aux survivants que ce monde est assassin. Mais certains commencent à penser que les dirigeants de cette société enfouie mentent sur ce qui se passe réellement dehors et doutent des raisons qui ont conduit ce monde à la ruine.

 

Mon avis sur la trilogie Silo de Hugh Howey:

Simplement géniale ! Voilà ce qu'il faut retenir de cette chronique : la trilogie Silo est géniale. Pourtant, je suis adepte des one-shots et vais toujours à reculons avec les sagas, même les plus courtes. Alors, en quoi Silo s'est avérée l'exception qui confirme ma règle ? Je vais l'expliquer tome par tome, et ce sans spoiler !

 

Dans Silo 1, on découvre des personnages bien construits et bien présentés. Même le "grand méchant" s'avère bien plus profond qu'on ne pourrait le croire. L'introduction surprenante et intrigante nous plonge directement dans l'ambiance. Dès la première page, on est happé. La seconde partie du tome est moins passionnante (peut-être la moins passionnante du tome) avec sa longue descente dans le silo, mais on sent la mise en place d'éléments importants pour la suite et on reste scotché d'un bout à l'autre.

La suite du tome nous ramène à une tension et un intérêt grandissants, à l'image du prologue. Chaque personnage est intéressant et les intrigues s'entre-mêlent pour notre plus grand bonheur. On va de surprises en surprises en découvrant cet univers sombre au possible.

Seul bémol : je m'attendais à un final plus "explosif". Reste que, après plusieurs mois, je m'en souviens encore comme d'un récit passionnant de bout à bout.

 

Le tome 2 est le moins bon du lot. Pas décevant car je savais à quoi m'attendre (il explique des événements antérieurs au tome 1, on perd donc forcément beaucoup en suspens). Mais en-dessous de son prédécesseur. Les surprises sont moins au rendez-vous, même si la première partie nous présente un twist sympathique. Globalement, on répète surtout des informations que Silo 1 nous avait déjà données. Ce tome 2 reste nécessaire à mes yeux, il pose certaines bases pour le tome suivant et permet d'approfondir encore certains personnages. Son style est sans faille et entrainant, tout comme dans Silo 1. Reste que Silo 2 aurait gagné à être deux fois plus court selon moi.

 

Le troisième et dernier tome nous ramène au niveau du premier, étant quasiment sa suite directe. Un rythme toujours aussi intense, des personnages qu'on aime toujours autant suivre, et même quelques surprises et retournements de situations (chose qu'on aurait pensée difficile après déjà 2 tomes complets dans cet univers/huis-clos, et pourtant...). Les tensions s'accumulent, on dévore chaque page.

Tout est bien mené jusqu'au bout, on rage de devoir se défaire de certains personnages, on attend avec impatience la fin d’autres protagonistes. L'auteur a totalement réussi son coup de ce côté. Je n'en dirai pas plus, ni ne parlerai de la fin, pour de rien spoiler, mais c'était totalement à la hauteur de mes espérances, à la hauteur du tome 1 qui plaçait déjà la barre assez haut.

 

C'est peut-être la 1ere trilogie dont je peux dire que la qualité reste au rendez-vous d'un tome à l'autre et, surtout, où le final vaut le premier tome. C'est assez rare pour être mentionné. Même la saga Hypérion, que j'ai lue et adorée depuis, ne présente pas cette constance. Silo est aussi l'un des textes qui m'ont convaincu de me pencher sur la SF d'un peu plus près (Dune est le prochain sur ma liste !). S'il fallait évaluer à quel point j'ai aimé, je pense que cela donne un indicateur assez clair. Silo, bijou d'auto-édition récupéré depuis par les plus grandes maisons, est absolument à lire, pour tout fan de SF et même pour ceux qui n'ont aucun atome crochu avec ce genre !

Murphy Myers

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14 avril 2018

La quête onirique de Vellitt Boe de Kil Johnson

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Résumé de La quête onirique de Vellitt Boe de Kil Johnson :

Clarie Jurat a disparu. Nul ne sait où, mais il semblerait qu'elle se soit enfuie en compagnie d'un homme… un homme venu du monde de l'éveil. Au sein du Collège de femmes d'Ulthar, c'est la consternation : pareille fugue pourrait remettre en cause l'existence même de l'institution. Pour Vellitt Boe, le temps est venu d'abandonner ses atours confortables de professeure vieillissante au profit de sa défroque oubliée de voyageuse émérite ; retrouver son élève est impératif. Une quête qui la conduira loin, bien plus loin qu'elle ne l'imagine, d'Ulthar à Celephaïs, au-delà même de la mer Cérénarienne, jusqu'au trône d'une ancienne connaissance, un certain Randolph Carter… 

Mon avis sur La quête onirique de Vellitt Boe de Kil Johnson :

Pour qui connaît un minimum Lovecraft, le titre vous parlera forcément puisqu'il fait ouvertement référence, comme son histoire, à la Quête de Kadath l'inconnue et de notre ami Randolph Carter. On peut sans trop s'avancer en conclure que Kil Johnson est fan du bonhomme -avec des limites comme elle le note dans le court entretien qui clot le livre.

L'idée de ce livre est de prendre un personnage féminin fort et de le faire vivre dans l'univers lovecraftien, les personnages féminins y étant minoritaires, voire inexistants. C'est pourquoi on peut considérer La quête onirique de Vellitt Boe comme le pendant féministe de Randolph Carter.

Notre personnage principal Vellitt Boe, aventurière d'âge mûr, s'est en effet émancipée des hommes. Elle n'en a guère besoin, son objectif de vie étant la transmission de connaissances mathématiques puisqu'elle est professeure dans le Collège des femmes d'Ulthar. Ca, Poppy aime (d'autant plus que Ulthar = chats) !

Mais Poppy a eu peur dès les premières pages. En effet, ma lecture a commencé difficilement, même si on rentre directement dans le coeur du sujet, car j'ai trouvé le traitement beaucoup trop "young adult" et donc cul-cul la praline, comme on dit dans le siècle où je me trouve.
Clarie Jurat a disparu... avec un homme, mettant ses amies dans tous leurs états et émois.
Heureusement, Vellitt Boe enfile très vite ses vêtements d'aventurière et dès que sa quête commence, on est emporté dans cet univers. Difficile de lâcher le livre.

Evidemment, les initiés à Lovecraft prendront plaisir à suivre le personnage dans des territoires, des villes qu'ils connaissent déjà. Et je ne vous parle pas des monstres !

L'écriture est simple et directe.

Les personnages, sauf ceux du début qui ne sont que des caricatures visant au prétexte de l'histoire, ont une certaine profondeur psychologique.

Il y a même une thématique du temps qui passe et du changement que cela implique sur chacun (physiquement, moralement, etc.).

Bon ... il y a quand même quelque chose qui me chiffonne... Dans un bouquin où on veut mettre les femmes en avant, pourquoi utiliser le prétexte de la fuite de Clarie avec un homme, si ce n'est par facilité scénaristique ? Ne peut-on fuir car nous avons soif d'aventure et de découvertes, par curiosité intellectuelle ? La femme a-t-elle besoin d'un homme qui symboliserait sa sécurité pour avancer et oser tourner le dos à sa vie bien sage et rangée ?

Selon moi, l'auteur aurait pu changer ce détail et le personnage de Clarie aurait gagné en épaisseur.

Poppy

07 avril 2018

L'aliéniste de Caleb Carr

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Résumé de L'aliéniste de Caleb Carr :

New York, 1896... Un meurtrier sème les cadavres d'adolescents atrocement mutilés sans provoquer la moindre réaction des pouvoirs publics... Révolté par tant d'indifférence, Theodore Roosevelt, alors préfet, fait appel à John Schuyler Moore, chroniqueur criminel, et Laszlo Kreizler, spécialiste des maladies mentales, pour élucider ces crimes atroces. En les étudiant, ils pensent pouvoir brosser le portrait psychologique de l'assassin et l'identifier.

Mon avis sur L'aliéniste de Caleb Carr :

Si vous aimez les enquêtes policières qui traitent de profilage, si chaque numéro du Nouveau Détective vous captivent, si vous êtes fan des séries Esprits criminels ou True Detective, ce livre est fait pour vous.

L'aliéniste nous plonge au coeur du New York à la fin du 19ème siècle. Le lecteur suit une équipe constituée de personnages aux compétences diverses et complémentaires (psychiatre, journaliste, policiers) qui vont enquêter sur des meurtres d'enfants.
Caleb Carr nous entraine dans les bas fonds de la ville et nous décrit avec force détails la sombre face de la société new-yorkaise de l'époque : corruption, intolérance, violence, ...

Les personnages ont chacun une histoire personnelle malheureuse dans laquelle ils puisent leur motivation pour supporter les atrocités et les tensions autour de cette affaire de meurtres et qui influence et nourrit leurs comportements et leurs réflexions. C'est une façon de permettre au lecteur de ressentir de l'empathie pour les personnages et de s'identifier à eux.

Pour ma part, je n'ai en fait ressenti aucune empathie pour deux raisons pas forcément contradictoires  :

- j'ai trouvé les personnages trop stéréotypés et de ce fait prévisibles ;

- j'ai carrément eu l'impression de faire partie de ce groupe, notamment durant les scènes de profilage. Voyez ici une manifestation de ma folie, si vous le désirez mais je vais m'expliquer :
Notre groupe de héros s'essaie au profilage - notons au passage que Caleb Carr décrit les débuts des méthodes modernes d'enquête et d'investigation telles que nous les connaissons aujourd'hui (relevé d'empreintes ou profilage du meurtrier et des victimes par exemple).
Les personnages discutent donc différentes hypothèses, en développent certaines et en éliminent d'autres. Le processus de réflexion, sous la forme de dialogue que certains trouveront plutôt longs, m'a permis d'entrer complêtement dans ce cercle d'enquêteurs et d'être le témoin muet de leur succès ou de leurs erreurs. J'ai donc carrément adoré.

Mais de fait, cet empathie n'est pas lié aux personnages en eux-même mais bien à l'avancement intellectuel de l'histoire.

Celle-ci n'est par contre pas exceptionnelle. On a affaire à un bon polar historique avec quelques scènes d'action et des maladresses qui m'ont parfois sortie de l'histoire (par exemple, des personnages secondaires qui disparaissent d'une ligne à l'autre sans que l'on mentionne leur départ). Je ne sais si cela est du à la traduction mais si je l'ai remarqué, c'est que ça se voit comme le nez au milieu de la figure.

Quoiqu'il en soit, j'ai quand même passé un bon moment à dévorer ce livre.

Petit + pour ceux qui n'ont pas envie de lire ce roman pour x raison : j'ai vu que ce dernier a inspiré une série qui porte le même nom.

 Poppy

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31 mars 2018

La crise - Paul Blanchot

 

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Résumé de La crise de Paul Blanchot:

Un doute effroyable, lorsqu'en rentrant chez lui, il trouve la maison vide.

Est-ce dû à son travail de flic ? Est-ce... encore pire ?

Et puis les événements se précipitent, les découvertes insoutenables, l'horreur. Dans un huis clos incroyable s'engage une lutte à mort !

Texte disponible ici !

 

Mon avis sur La crise de Paul Blanchot:

La crise est une nouvelle vraiment entrainante. Dès les premières lignes, on se retrouve à vouloir connaître la suite. Le style va droit à l'essentiel, le personnage central prend vie en quelques instants. Et dès lors que l'histoire se lance, après seulement quelques pages introductives, l'aspect huis-clos apporte une ambiance intense et oppressante au récit.

Cantonné au point de vue du personnage central, Jean, on se sent réellement pris au piège à ses côtés.

Il y a malgré tout deux bémols dans mon ressenti : d'abord, la réaction première de Jean quand il rentre chez lui. Sans spoiler, quand il découvre que sa maison a été le lieu d'une agression, il saute tout de suite aux bonnes conclusions sans envisager d'autres possibilités. Cambriolage qui a mal tourné, kidnapping, vengeance d'un ancien suspect (Jean est policier) ? Non, Jean sait d'instinct que ce n'est rien de tout ceci. Et il semble accepter la vérité sans trop de mal.

Ce qui me mène à mon second bémol : je m'imaginais que cette réaction si calme constituait un indice en vue d'un retournement de situation final. En fait, il n'en est rien. Il y avait pourtant matière à ajouter un niveau plus "psychologique" au récit, ce qui aurait amené un revirement assez convenu, j'admets, mais que j'aurais beaucoup apprécié.

Au final, La crise fait le job sans problème pour qui veut une lecture rapide et pleine d'adrénaline. J'aurais préféré une autre fin mais l'ambiance oppressante et le rythme intense m'ont beaucoup plu ! 

Murphy Myers

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24 mars 2018

Ar-men, l'enfer des enfers d'Emmanuel Lepage

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Résumé de Ar-men l'enfer des enfers d'Emmanuel Lepage :

Au loin, au large de l'île de Sein, Ar-men émerge des flots. Il est le phare le plus exposé et le plus difficile d'accès en Bretagne, c'est-à-dire du monde. On le surnomme "l'Enfer des enfers".

Mon avis sur Ar-men l'enfer des enfers d'Emmanuel Lepage :

Pourquoi Murphy&Poppy vous parlent aujourd'hui d'une BD ? Outre le fait que nous participons à l'opération "La BD fait son festival" de Priceministrer (en savoir plus : http://www.priceminister.com/evt/la-bd-fait-son-festival) que l'on remercie au passage, nous adorons les BD qui représentent pour nous une fenêtre graphique et narrative sur les imaginaires d'un scénariste et d'un dessinateur. Ici Emmanuel Lepage porte les deux casquettes. 

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A première vue, on a dans les mains un très beau livre. Non mais regardez cette couverture et cette planche !

Emmanuel Lepage nous fait ressentir par ses dessins la violence de la narture et, par contraste, l'isolement de ses personnages, gardins du phare.

Trois récits se mêlent :

- nous suivons Germain, le dernier gardin du phare, qui a choisi de vivre dans ce phare en particulier "au fond du monde" suite au décès accidentel de sa fille ;

- Germain, toujours, qui raconte, au cours de flashback, des histoires du folklore breton (la légende d'Ys, l'Ankou, ...) qui fonctionnent comme des parallèles avec sa propre histoire ;

- et encore Germain qui découvre sur les murs du phare, après avoir essuyé une violente tempête, les écrits de Moises, l'un des constructeurs du phare et son premier gardien.

Lepage replace cette dernière histoire dans un contexte historique en mentionnant donc la difficile construction du phare, projet jugé fou face à la violence de l'océan qui aura mis 15 ans avant son achèvement, mais aussi la seconde guerre mondiale et les lourdes pertes humaines que l'on devine.

Les trois récits font l'objet de couleur et de graphisme différents, permettant au lecteur de se repérer facilement.

Séparé par des décennies, les deux hommes ont en commun leur besoin de solitude et d'isolement suite à des histoires personnelles dramatiques. Le phare, par sa symbolique, apparaît donc comme une étape nécessaire à leurs processus de deuil en même temps que le point de repère aux navigateurs perdus en mer.

C'est dramatique, c'est intense, c'est de l'émotion.

Mais certains éléments m'ont sorties à plusieurs reprises de l'histoire :

- par moment, j'ai trouvé celle-ci un peu confuse, notamment sa fin que j'ai trouvé précipitée ;

- et les parties entre les trois récits ne sont pas équilibrées. Cela m'a un peu gênée.

Toutefois, je recommande sa lecture, ne serait-ce que pour les dessins porteurs d'émotions.

Poppy

 

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