Les aventuriers de l'imaginaire

12 janvier 2019

La dictature du bon goût littéraire... Proust à l'appui

dictature

En littérature comme ailleurs, il est de bon ton d'acclamer certaines oeuvres et de nier farouchement en avoir lu d'autres. Tout dépend de l'image, de la réputation qu'a cette oeuvre...Et je trouve ça vraiment usant, d'où le présent article. Mais prenons plutôt un exemple concret pour aller au but :

Des années que j'y pense et voilà enfin que j'ouvre un Proust ! Du côté de chez Swann, classique chez les classiques, encensé partout. Sur le thème de la mémoire, de la vie qui défile, on se fait vite l'image d'un monument littéraire, de quelque chose de renversant qui va nous apprendre les secrets de la vie, dont on ne reviendra pas indemne... Et dans un sens, c'est vrai ; mais pas dans le bon sens du tout.

Les phrases interminables et "ampoulées" ne m'ont presque pas dérangé. Je me suis souvent demandé l'intérêt de la plupart d'entre elles mais je m'y suis retrouvé malgré tout. Non, c'est le contenu des phrases qui m'a posé problème : des actions rarement intéressantes, étirées à l'extrême. Comme si l'auteur aimait "se voir écrire". Alors oui, on sent quand même une certaine poésie derrière tout ça, des idées et métaphores sympathiques. Mais où est passé le monument colossal qu'on me promettait ?

Ce qui m'amène enfin à mon propos (Proust n'est pas le seul amoureux des digressions ^^ ) : pourquoi cette dictature du bon goût en littérature ? Parce qu'il y en a bel et bien une. Allez dire que vous n'aimez pas Proust sans armure, vous n'en reviendrez pas vivant ! Les rares commentaires qui s'y osent sont tous craintifs : "Ne m'abattez pas, s'il vous plait", "J'ai essayé, vraiment", pire encore "J'aurais aimé aimer Proust" ! Quelle meilleure preuve de cette dictature ? Ceux qui n'aiment pas se réduisent eux-mêmes au silence ; les rares qui parlent le font avec mille précautions et tous gardent en bouche cette culpabilité et ce regret insensés : J'aurais aimé aimer.

Quand je referme un livre lambda que je n'ai pas aimé, je l'oublie, point. Pour les meilleurs d'entre eux, j'en garde quelques souvenirs, j'admets quelques qualités. Mais regretter de ne pas avoir aimé tel ou tel livre, je n'ai rencontré ce cas de figure qu'avec les "grands classiques de la littérature". Pourquoi ? Parce que toute personne douée de raison, d'intelligence et de bout goût devrait aimer. C'est exactement l'idée que tout le monde véhicule.

Pire encore ! Si j'ose dire que Proust n'écrit pas si bien que ça, on me crucifiera sur place. Et pourtant, c'est bel et bien mon ressenti : derrière les belles idées et les belles métaphores, je vois des phrases mal gérées (là encore, qu'elles soient trop longues n'y est pour rien ; d'autres auteurs comme Lovecraft nous abreuvent de discours interminables et le font très bien). Au-delà de ce style imparfait, l'histoire elle-même n'a rien de bien passionnant. Des préoccupations égocentriques et sans réels enjeux, des personnages trop froids ou à l'inverse trop pleurnichards. 50 pages pour aller se coucher sans maman, "seulement" 4 pour décrire le plaisir de manger une madeleine... En fait, le mot qui me vient à l'esprit est "vide". Un auteur qui peut avoir du talent mais qui le met au service du vide, d'une histoire vide.

Je ne m'excuserai pas de ne pas avoir aimé Proust, pour ma part. Mon seul regret est que chaque lecteur dans mon cas se sente obligé de se justifier ou de s'excuser de ne pas avoir aimé. Et pour achever un dernier préjugé : je vous assure que, malgré mon avis négatif sur Proust, je suis toujours propriétaire d'un cerveau (Si, si, je vous jure !).

Et vous, quel monument littéraire osez-vous ne pas aimer ?

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22 décembre 2018

Rituel de chair - Graham Masterton

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Résumé de Rituel de chair de Graham Masterton :

Lorsqu'on est critique gastronomique et que l'on a fini par se lasser de la cuisine médiocre que proposent les auberges américaines, on se sent plein d'appétit en apprenant l'existence, au fin fond du Connecticut, d'un restaurant français très fermé qui, attrait supplémentaire, ne figure sur aucun guide. Aussi Charlie McLean n'aura-t-il de cesse de s'y faire admettre. Mais pour la secte qui tient le " Reposoir ", la cuisine n'est pas seulement un art, c'est une véritable religion à laquelle on se dévoue... corps et âmes. Et chacun doit donner du sien.

 

Mon avis sur Rituel de chair de Graham Masterton :

Le meilleur Masterton à ma connaissance ? On en était pas loin mais non ! Rituel de chair est à la fois l'un de mes Masterton préférés et un de ceux que je trouve les plus décevants.

Pourquoi un de mes préférés ? Parce que l'histoire, qui part pourtant sur le thème assez classique du cannibalisme, utilise une approche vraiment originale. Ici, on parle de personnes qui se mangent elles-mêmes. Que faire contre ça ? Est-ce même vraiment un problème ? Après tout, chacun ne devrait-il pas être maître de son propre corps ? Mais comment faire quand on est le père d'une de ces personnes ? Un adolescent n'est-il que la propriété des parents, n'a-t-il pas le droit de faire ses propres choix, même si ce choix revient à se détruire lui-même ? Rituel de chair nous amène sur le terrain de toutes ces questions que l'on ne pensait pas avoir à se poser un jour. Et j'ai adoré cet aspect.

Dans le prolongement de cette idée, les "méchants" de l'histoire sont ici bien plus nuancés que d'habitude. Ils pensent réellement être dans leur bon droit et œuvrer pour une bonne cause. Ce qui ne les empêche pas de se salir les mains (avec du sang, de préférence) s'il le faut. Je les ai donc trouvés plus intéressants que les entités Mastertonniennes habituelles, tout en étant aussi sinistres et effroyables. Le côté malsain des scènes gores en ressort avec d'autant plus de force. En bref, totale réussite là encore !

Côté personnages, on n'est pas en reste non plus. Ils sont tous réussis et intéressants. Même l'obsession du héros ne m'a pas paru gênante (là où une obsession similaire était vraiment insupportable dans Le Sphinx, par exemple). Mention spéciale pour "l'enfant" qui réserve bien des surprises (mais je ne dirai rien ! À vous de lire pour en savoir plus).

Mais alors, pourquoi serait-ce le Masterton le plus décevant avec toutes ces louanges ? Rituel de chair est pour moi un sans faute de A à Y. Manque juste le Z, la dernière marche où tout s'effondre. La dernière marche correspondant ici aux 20 dernières pages du roman. Je m'attendais à deux fins possibles. Aucune des deux n'était spécialement originale mais elles avaient au moins le mérite d'achever ce chef-d’œuvre comme il se doit. Masterton a préféré une troisième fin, sorte de mélange des deux fins espérées, certes plus "originale" mais tellement mielleuse et insupportable ! On balaie tout ce qu'on vient de lire, l'idée que personne n'est entièrement bon ou mauvais, les questions philosophiques sur l'anthropophagie que l'on ne pensait même pas se poser un jour. On efface tout et on remplace ça par l'idée qu'il y a le Bien et le Mal, et que les Gentils s'en sortent toujours parce qu'ils sont gentils tandis que les Méchants sont punis parce qu'ils ont été méchants... Le tout saupoudré de religions comme je les aime pas. Et pour bien enfoncer de clou, on enchaîne sur un épilogue cliché et inutile. Je ne spoilerai rien de cette fin, ni de cet épilogue, mais ils m'ont particulièrement frustré. Si l'histoire avait été moyenne jusque-là, je n'aurais peut-être même pas relever. Mais gâcher une histoire pareille avec une fin si convenue, ça relève du crime littéraire.

Rituel de chair est donc à la fois l'un des meilleurs Masterton et l'un des plus décevants. Pour ma part, je renie les dernières pages pour en conserver le souvenir d'un coup de cœur littéraire. Peut-être même que je le relirai un jour (et que je renierai à nouveau la fin, mais là n'est pas la question). Malgré cette dissonance d'opinion, on ne peut nier la maitrise de Masterton sur son sujet et ses personnages. C'est d'autant plus flagrant quand on commence à connaître quelques uns de ses textes. On retrouve des thèmes récurrents d'un livre à un autre et, pour l'instant, Rituel de chair est celui qui traite ces thèmes avec le plus de justesse.

Murphy

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15 décembre 2018

La maison au bord du monde - William Hope Hodgson

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Résumé de La maison au bord du monde de William Hope Hodgson :

En Irlande, dans une vieille demeure , un homme se retrouve assiégé, transporté dans un territoire de cauchemar, une région au bout des siècles, à la lisière du Temps, un cosmos crépusculaire dominé par des porcs titanesques, un affreux pays de froid et de terreur sur lequel se lève un immense soleil rouge, cerné de brouillards et d'horreurs informes....

 

Mon avis sur La maison au bord du monde de William Hope Hodgson :

"La maison au bord du monde" ; ce titre me faisait de l’œil depuis des années. D'autant plus que son auteur est réputé pour être un classique du genre. Quand j'ai enfin eu l'occasion de lire ce roman, j'avoue que j'avais quelques appréhensions. Comment ne pas être déçu avec une histoire dont j'attendais tant, dont le résumé me tentait depuis si longtemps ? Et pourtant, La maison au bord du monde s'est avérée totalement à la hauteur de mes attentes, voire plus encore.

Le récit et sa forme classique (narration à la première personne, l'histoire étant composée à 90% des pages d'un vieux journal intime retrouvé) sont envoûtants, j'ai été intrigué dès les premières pages. Je reproche parfois aux écrits de Lovecraft d'abuser de cette approche ; ici le dosage est on ne peut plus parfait, et la comparaison est d'autant plus intéressante que les deux auteurs nous viennent de la même époque. Hodgson maitrise donc parfaitement les mystères de l'au-delà et la folie qui s'empare de son personnage. Mais plus que ça, il ajoute une touche SF post-apocalyptique originale, bien amenée, que je ne pensais pas retrouver dans un tel récit et qui ajoute à La maison un aspect vraiment moderne.

Le début est glaçant, les créatures fascinantes et l’intrigue surprenante. On ne va jamais là où on s’attend à aller : ce qui démarre comme une affaire de monstre vire à la science-fiction avec un voyage express vers le futur d’où le héros ne reviendra pas indemne. Je n’en dis pas plus pour vous laisser découvrir par vous-même ce voyage atypique, mais le pari est clairement réussi à mes yeux.

Il reste bien quelques zones d’ombres à la fin, selon moi (ou bien je n’ai pas été assez attentif à un moment clé de l’affaire ; lire dans le métro, c’est bien mais pas tous les jours !). Mais ces zones d’ombres n’ont rien de gênant à mon goût et participent même au rendu final, tout en noirceur et en mystère.

La maison au bord du monde est typiquement le genre de texte que j'affectionne, et que j'aurais aimé avoir écrit moi-même. L'approche, les thèmes, les créatures, tout y est réussi. Si bien que je pense même à le relire (mais hors métro cette fois) et les livres que j'ai lus plus d'une fois se comptent pourtant sur les doigts d'une main !

Murphy

08 décembre 2018

Sutures - Frédéric Livyns

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Résumé de Sutures de Frédéric Livyns :

Qu’est-ce qu’une vie ? Des fragments de temps que l’on essaie d’agencer à notre convenance ?

On a beau essayer d’agir au mieux, on ne dispose jamais de toutes les cartes. Tout ce qu’on a créé peut être balayé d’un revers de main du Destin. Quoi que l’on fasse, la souffrance et la mort ne sont jamais bien loin. Elles guettent le moindre de nos faux-pas afin d’imprimer dans notre chair et notre esprit des cicatrice indélébiles.

Des sutures que nous nous efforçons de cacher…

Disponible ici !

 

Mon avis sur Sutures de Frédéric Livyns :

De façon générale, Sutures m'a mieux convaincu que Les contes d'Amy du même auteur. Le procédé est semblable : mêmes ambiances, entre surnaturel, épouvante et ambiance "4e dimension" ; et ça ne peut que me plaire. Ici, le style m'a paru beaucoup mieux maitrisé et on prend plaisir à suivre ces textes plus ou moins courts, comme autant de friandises d'horreur. En revanche, j'aurais le même bémol que pour Amy : la plupart des chutes se devinent facilement et on a parfois l'impression de survoler le texte : à peine est-on entré dans l'ambiance que l'histoire se termine ; pas le temps de profiter de l'épouvante comme c'est le cas dans les romans du même auteur.

Cet aspect concerne plusieurs nouvelles mais une certaine partie d'entre elles s'en sort haut la main. Plus longues, elles permettent de mieux prendre notre temps, de mieux nous immerger.

"La descente" est mon premier coup de cœur. Simple mais terriblement efficace. Elle ne joue pas sur un retournement final mais plus sur une logique "absurde" et surnaturel qui glacera le sang de tout claustrophobe qui s'ignore. "Le sourire", plutôt classique, m'a bien plu aussi avec ses ingrédients glauques à souhait. Si le texte propose une sorte de chute, elle n'est pas le point central de l'histoire selon moi, et l'horreur de cette hantise m'a beaucoup plu. "Les mange-chair" est peut-être ma préférée. Le texte repose sur une légende asiatique qui peut prêter à sourire, mais l'histoire en ressort plus puissante car plus étrange. On suit les personnages d'un bout à l'autre, c'est vraiment un texte que je relirais avec plaisir, et qui échappe au bémol évoqué plus haut.

D'autres nouvelles, sans être des coups de cœur, se lisent vraiment avec plaisir et prennent le temps d'installer leurs personnages et leur intrigue sans perdre en efficacité : "Escalier pour nulle part" malgré sa chute trop utilisée dans ce recueil (j'y reviendrai plus bas), "Lilu et Lilitu" avec son versant plus gore et "direct", "Poupée d'amour" et "Promesse tenue", jouant tous deux sur la tension et l'attente de la "malédiction" à venir, et "Un jour ordinaire" qui conclut le livre de façon peut-être plus douce que la moyenne mais avec une histoire familiale prenante.

"Mémoire d'outre-tombe", seul texte SF, ajoute une touche originale. J'ai aimé changer un peu d'ambiance pour un temps. Seulement, les concepts utilisés dans ce texte auraient mérité un roman entier. Sous forme de nouvelle, on a tout juste le temps d'expliquer la situation et rideau de fin.

Enfin, j'ai trouvé vraiment dommage que plusieurs nouvelles utilisent la même chute (qui est déjà en soi plutôt classique et facile à deviner). D'autant plus quand on lit les nouvelles en question à la suite ! Les disperser dans le recueil aurait amoindri cette impression de répétition qui m'a presque lassé par moments : quand 3 histoires d'affilé utilisent le même procédé, ça peut vite décourager le lecteur, surtout quand on est vers le début du livre. C'est dommage de risquer un décrochage pour un détail aussi facile à gommer. D'autant plus que de nombreuses idées valent la peine qu'on s'y penche, dans ce recueil.

En résumé, je n'ai été convaincu qu'à moitié. Il faut dire que la nouvelle est un exercice difficile ; et plus il y en a dans un recueil donné, plus la difficulté augmente. Malgré tout, la lecture de Sutures est plaisante et les lignes défilent vite. Mon avis en demi-teinte ne m'empêchera pas de récidiver chez Frédéric Livyns, du côté des romans pour la prochaine lecture que j'ai en vue !

Murphy

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30 novembre 2018

Sorcière de chair - Sarah Buschmann

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Résumé de Sorcière de chair de Sarah Buschmann :

Australie, 2016.

Sept ans après un massacre qui a décimé toute une famille, de nouveaux meurtres surviennent à Melbourne. Des homicides si sordides que la Sorcellerie de Chair, taboue depuis les grandes chasses qui ont déchiré le pays, est évoquée.

Pour Arabella Malvo, lieutenant de la brigade criminelle, ils s’avèrent particulièrement déstabilisants. Pourquoi les victimes lui ressemblent-elles comme des sœurs ? Le meurtrier la connaît-elle ? Pourquoi maintenant ?

Une chose est sûre : l'abîme qu’elle fuit depuis toutes ces années risque de s’ouvrir à nouveau sous ses pieds. Et cette fois, de l’engloutir pour de bon…

Disponible ici !

 

Mon avis sur Sorcière de chair de Sarah Buschmann :

La chronique du jour est assez particulière : en effet, j’ai déjà lu Sorcière de chair il y a deux ans, comme bêta-lecteur. On pourrait stopper la chronique là : tout le monde se doute que je ne l’aurais pas lu une seconde fois si ce texte n’était pas génial. Mais je vais développer un peu quand même, si vous permettez (sauf si vous préférez directement l’acheter et vous faire votre propre avis, bien sûr !).

Sorcière de chair s’impose dès les premières lignes comme une lecture brutale, directe, envoûtante. Pour tout dire, il ne m’a fallu qu’une journée pour le dévorer lors de cette deuxième lecture.

L’histoire n’hésite pas à sortir des sentiers battus de son genre. Oubliez la bit-lit à base d’amourettes d’adolescence qu’on nous rabâche, pour mon plus grand malheur, depuis des années. Ici, c’est le sang, la noirceur et la vengeance qui animent les personnages. Arabella, l’héroïne, en est l’exemple le plus réussi et le plus complexe. On la plaint, on la craint, on découvre sa personnalité peu à peu, jusqu’à ses pensées les plus noires, et au final on l’adore quoi qu’il arrive.

Les autres personnages ne sont pas en reste. Si son coéquipier Nolan démarre comme une sorte de coureur de jupon sans intérêt, il gagne vite en profondeur et ajoute une tension supplémentaire à l’intrigue policière. Aaron, agent plus mystérieux qui vient en aide à l’héroïne, se pose comme une énigme qu’on brûle de résoudre. De même que Chiara, autre collègue discrète qui s’avère particulièrement intéressante dans sa psychologie. Plus que ces personnages fouillés, leurs rapports nous tiennent en haleine jusqu’au bout. Tout le monde soupçonne tout le monde, la paranoïa les gagne peu à peu. Nous seuls, lecteurs, pouvons profiter d’une vue d’ensemble et comprendre à quel point ils foncent tous dans le mur ; et c’est jouissif !

Après ces personnages hauts en noirceur, c’est la mythologie inventée qui m’a emporté. Des sorcières de chair, rien que le nom donne des frissons. On découvre peu à peu leur nature, leurs pouvoirs, leur fonctionnement ; et impossible de lâcher le livre tant on veut tout savoir de ces créatures qui allient si bien vieilles légendes sur le sujet et modernité toute scientifique. Car l’autrice ne se contente pas de sorcières traditionnelles : ici, elles peuvent contrôler le cerveau humain en un simple toucher. De là, les possibilités sont légion : utiliser un passant comme espion-marionnette, bloquer la parole ou la mémoire à court-terme, voire effacer des souvenirs. Une belle inventivité, qui va jusqu’au bout de son concept, permet de rajouter encore à l’ambiance et de proposer des meurtres aussi horribles qu’inventifs.

Ce qui m’amène à une autre grand qualité de ce roman : on n’a pas peur de plonger dans le gore à corps perdu. Les victimes se mutilent sous le contrôle du tueur (une sorcière, un sorcier ? l’aspect whodunit n’a jamais été aussi oppressant) et fournissent des scènes d’horreur des plus réussies ! Les âmes sensibles préféreront sans doute survoler ces passages ; pour ma part, je trouverais dommage de passer à côté de telles pépites rouges, même si la violence psychologique reste le plus marquant dans cette histoire (encore un bon point !).

Enfin, je dois admettre avoir tout de même quelques petits bémols, issus directement de ma bêta-lecture deux ans plus tôt. J’ai repéré certains remaniements qui m’ont moins convaincu que la version originelle. Des détails sanglants ont disparu ; certains par nécessité (et j’approuve), d’autres en revanche pour des raisons qui m’échappent ; et un personnage, en particulier, a beaucoup changé. Je n’en dirais pas davantage pour éviter de spoiler, mais le climax s’en trouve amoindri, oscillant plus vers la bit-lit traditionnelle. Cependant, cet aspect est assez subtil et ne saurait gêner quelqu’un qui découvre ce tome pour la première fois.

Ce qu’il faut retenir de Sorcière de chair : les personnages sont excellents, les rebondissements réussis, le mythe de la sorcière n’a jamais été aussi bien modernisé et effrayant, l’ambiance tendue est réussie, entre suspicions et soupçons de gore bien amenés. J’avais deviné l’identité du coupable en cours de route, lors de ma bêta-lecture. Dans cette nouvelle monture, je ne sais pas si j’aurais compris si vite : tout a été réagencé subtilement pour mieux noyer le poisson. En bref, foncez !

Murphy

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