Murphy & Poppy

15 novembre 2018

Juges et coupables - Guillaume Herambourg

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Résumé de Juges et coupables de Guillaume Herambourg

Juges et Coupables, un thriller psychologique pas comme les autres... Un roman social, initiatique, philosophique et métaphysique.

L’itinéraire littéraire de l’âme perdue d’un jeune délinquant nommé Luce au cœur d’une folie furieuse et meurtrière en suivant de noirs désirs… Autour de cet être humain en chemin vers sa destinée, et de son monde, deux nuances :

D’un côté, le journal intime de Lucia, lecture inspirante d’une expérience intérieure telle la lune dans la nuit noire. Ses pensées sauvages, sa poésie, son « savoir aimer », ses méditations sur la vie. Une volonté de pleine conscience, de sagesse, d’être libre. Force mentale bienveillante et humaniste. Mais, qui est Lucia ? Et de l’autre, derrière la lumière, comme une ombre, une force brute, les paroles amères d’une sombre résurgence trouble et manipulatrice, celles de Jack. Qui est Jack ?

Une histoire contemporaine, romanesque et humaniste. Un livre écrit à cœur ouvert… Jugé coupable.

 

Disponible par ici !

 

Mon avis sur Juges et coupables de Guillaume Herambourg

J'avais un très bon à-priori sur ce texte. Les thrillers psychologiques ne représentent pas mon genre préféré, mais ils comprennent quelques pépites et, ici, les chroniques déjà existantes laissaient supposer une histoire qui remue, qui prend aux tripes, qui fait réfléchir. Ça n'a malheureusement pas été le cas avec moi, je me suis trouvé hermétique à Juges et coupables. Il est difficile de chroniquer un texte auquel on n'a pas adhéré, surtout quand l'auteur est du genre humble comme ici (ce n'est pas le cas de tous). Mais je vais m'y atteler tout de même, en tentant d'expliquer mes raisons qui, j'ai bien conscience, ne s'appliqueront pas forcément à un autre lecteur.

Les premières pages intriguent mais je n'ai pas réussi à m'accrocher aux personnages sur la longueur. Ils sont d'abord présentés comme des mystères incarnés ; sans nom, sans âge, sans rien. Dans un premier temps, cet aspect peut ferrer le lecteur et dévoiler peu à peu ce Luce et cette Lucia, notamment, est une bonne façon de le tenir en haleine. Dans mon cas, ça n'a pas fonctionné. Je pense qu'entre ce côté mystérieux et le côté philosophique qui démarre dès le début, je n'ai pas trouvé assez d'appui pour m'immerger.

Ce qui me mène à cet aspect philosophique, par moments même psychologique, qui constitue l'identité du roman à mes yeux. Et pour lequel je me suis trouvé hermétique, là aussi. Certains thèmes abordés prêtent à la réflexion et sont bien amenés, mais la plupart m'ont laissé froid, soit parce que j'ai déjà pensé ou vu des approches similaires par le passé, soit parce que je n'adhère pas à ce qui est dit. Je m'attendais à quelque chose qui me ferait remettre en question de nombreuses choses et ça n'a donc pas été le cas ; sans doute la faute à mon pessimisme naturel déjà bien entamé. Le même blocage s'est retrouvé dans les quelques extraits "documentaires" qui expliquent, par exemple, ce qu'est le chat de Schrödinger, la tache de Mariotte ou encore les phases qui constituent les violences conjugales. Ces parties sont intéressantes pour quelqu'un qui ne s'est pas déjà intéressé à tous ces sujets par le passé ; manque de bol pour moi, ce sont des thèmes que je connais assez bien et les explications à leur sujet, même si concises, m'ont davantage fait décrocher de ma lecture.

Malgré tout, on ne peut que reconnaître l'originalité de Juges et coupables : son style est soigné et l'assemblage qui le constitue, entre fragments de journaux, poésie et narration classique, donne une vraie dynamique à l'histoire. De plus, la difficulté de mettre en place un "thriller métaphysique" rend ce texte particulièrement honorable et on peut comprendre que, selon le lecteur, ce sera quitte ou double. Il me parait inévitable que certains passent à côté ou n'adhèrent pas, comme ça a été mon cas. J'en retiendrai tout de même cette originalité et cette envie de proposer quelque chose de différent.

Murphy

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06 octobre 2018

J’avais pourtant prévenu… - Sylvain Namur

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Résumé de J’avais pourtant prévenu… de Sylvain Namur :

Et si la Faucheuse faisait une crise existentielle ? Pourquoi ces hommes déplacent-ils cette montagne ? Comment une femme peut-elle disparaître peu à peu ? Et si vous étiez le seul à voir le néant ronger l’horizon ? Et si le juge convoquait votre urne à votre procès ? Et si cet anniversaire était votre dernier ? Pire ! S’il ne l’était pas ? Dans ces 32 fables, vous côtoierez l’absurdité humaine dans toute son horrible splendeur.

Disponible ici, sur Amazon !

Et aussi ici, chez Bookedition !

 

Mon avis sur J’avais pourtant prévenu… de Sylvain Namur :

Après 39 heurts, Sylvain Namur revient avec un nouveau recueil : J’avais pourtant prévenu. On ne change pas la recette : même style au service d'histoires variées, courtes et impactantes. Seules nuances : le ton est globalement bien plus sombre et désespéré ici (il n'était déjà pas tout rose dans le recueil précédent, remarquez) même si, paradoxalement, le registre absurde et décalé prend plus de place (pour mon plus grand plaisir). Enfin, l'écriture est mieux maitrisée et plus affinée.

Revenir sur chaque nouvelle serait trop compliqué : il y en a 32 ! Aussi, je me contenterai des plus marquantes, dans le bon comme dans le mauvais sens du terme.

D'abord, mes quelques coups de cœur. « Un tour de roulette », sombre à souhait, nous entraine à la suite de son personnage dans un jeu quotidien de roulette russe ; on sait dès le départ que tout va mal finir, le personnage lui-même étant comme mort avant même le début de l'histoire, mais ça ne nous empêche pas de dévorer les lignes avec avidité et appréhension.

Dans un tout autre registre, « Folie » nous mène dans un conte pour enfant psychédélique. Le texte entier joue sur la sonorité de ses phrases et sur le paradoxe d'une narration enfantine pour une histoire sinistre. On n'aime ou on n'aime pas, cette approche originale ne laissera pas indifférent. Pour ma part, j'adore !

« La fin du monde », entre fantastique et métaphore, nous raconte la fin littérale du monde : l'horizon se dissipe peu à peu autour du protagoniste, remplacée par de pures ténèbres que personne ne semble remarquer. Angoissant à souhait, entre folie incarnée et fable mortifère, j'ai trouvé cette idée géniale.

« Le pire » et sa Faucheuse en pleine crise existentielle m'a bien fait rire (puis bien démoralisé, comme l'auteur aime à passer d'un extrême à l'autre dans ses ambiances). Dans le même goût, la nouvelle « En prison » où le décès d'un homme est vu comme une infraction condamnable, mélange avec autant de force absurdité comique et dure réalité.

Enfin, dernier coup de cœur (pour suivre l'ordre des nouvelles) et sans doute le premier en ordre de préférence : « L'anniversaire ». Un style parfait, une histoire fluide, et une chute qui, plutôt que d'agir comme une claque soudaine, provoque un malaise diffus. Parfait pour refermer le recueil sur une note marquante.

Toutes les nouvelles de ce recueil ne m'ont pas parlé avec autant d'efficacité. Par exemple, « L'hélicoptère jaune », premier texte au sommaire, qui vend très mal la suite du recueil ; d’autant plus qu’il fait écho à la première nouvelle du recueil précédent qui, elle, était parfaite. Il s’agit du seul texte qui me pose vraiment problème en fait : globalement, chaque récit, même le moins spectaculaire, propose son lot d'idées, de réflexions, de surprises.

Sans être des coups de cœur, j'ai ainsi beaucoup aimé « La luciole », récit sombre et poétique au clair de lune (mais sans lune !), « Hiver » et son retournement de situation déprimant, « Aïcko » qui décrit avec un horrible réalisme la maltraitance animalière, « La tâche » où on suit une femme qui disparait peu à peu.

Plusieurs textes m'ont paru proches dans leur thématique engagée et féministe : « Passion » qui montre comment une relation amoureuse peut vite tourner au cauchemar, « Jeanne » où la doyenne de l'Humanité survit malgré elle dans un monde sans plaisir, « Petite fille » où les victimes de viol sont toutes coupables selon l'opinion public et, surtout, « Rosa » qui dénonce la violence conjugale dans tout ce qu'elle a de plus redoutable. Chacun de ces 4 récits nous montre une facette de la société et de son rapport aux femmes, et nous rappelle qu'il reste malheureusement beaucoup de chemin à faire de ce côté.

Il y aurait beaucoup à dire, tant chaque fable appelle au débat et soulève des sujets variés, par des approches tout aussi variées. Mais le mieux est encore de vous y frotter par vous-mêmes, ce que je ne conseillerais jamais assez (sauf si vous êtes dans une période de déprime ; même si de nombreuses nouvelles jouent la carte de l'absurde et de l'humour, le ton global reste à la noirceur).

En bref, si vous avez lu et aimé le recueil précédent de l'auteur, 39 heurts, vous aimerez forcément J’avais pourtant prévenu. Et si vous n'avez encore rien lu de Sylvain Namur, et bien n'attendez plus pour vous y mettre ! À noter que si l'auteur s'amuse à faire quelques clins d'œil entre ses textes, chaque nouvelle se lit parfaitement de façon isolée, de même que chaque recueil est indépendant.

Cédric Murphy

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30 septembre 2018

Ombres - Anthologie des Ombres d'Elyranthe

Ombres

Résumé de Ombres :

Dix-neuf textes, dix-neuf personnalités. Dix-neuf voies issues de la nouvelle génération d'auteurs SFFF (Science-Fiction, Fantastique, Fantasy) qui se font le reflet de l'âme humaine. Chaque histoire révèle une facette de ce qui se tapit en chacun de nous, de beau, de terrible, de sordide ou simplement de banal. Oserez-vous affronter votre alter ego ? Laissez tomber les artifices et plongez votre regard dans ce miroir tendu. Qu'y verrez-vous ? ... Qui verrez-vous ?

 

Disponible par ici !

 

Mon avis sur Ombres :

Chroniquer une anthologie est toujours un casse-tête : parler de chaque nouvelle et pondre un texte sans fin que personne ne lira, ou donner un avis général, plus accessible mais bien moins complet ? La question est d'autant plus compliquée quand on parle d'une anthologie telle qu'Ombres où même les (rares) textes qui m'ont le moins parlé restent d'une excellente facture. J'opterai donc cette fois pour un détail complet, avec à chaque fois une phrase de résumé (parce que ça peut servir de savoir de quoi ça parle, accessoirement) sans spoiler et quelques lignes d'avis.

 

Monstres & Cie, de SILENCE : Une famille attend avec impatience la livraison du tout nouveau monstre qu’elle vient de s’acheter !

Une excellente entrée en matière, d'un auteur qu'on aimerait lire plus souvent et qui tape toujours juste. La narration nous entraîne dès le premier mot dans une ambiance conviviale et pourtant étrange. Il faut dire que de suivre une famille qui s'achète un monstre, un vrai !, ça n'arrive pas tous les jours. Il serait difficile d'en parler davantage sans gâcher la fin mais ce texte en surprendra plus d'un !

 

7 heures a disparu, de Catherine Robert : Difficile à résumer sans amoindrir le mystère et l’ambiance…Pour rester vague, on se penche ici sur une crainte universelle : la fuite du temps.

Ce texte-ci est un de mes petits préférés, étrange et angoissant à souhait. On joue sur une angoisse qui me parle beaucoup, il faut dire ; et le destin de ce personnage représente en soi l'un de mes pires cauchemars. En bonus, on finit une chute humoristique qui surprend tout en étant finalement on ne peut plus logique.

 

Aquariophilie, de Lester L. Gore : Un homme enquête sur l'étrange disparition d'un collègue excentrique...

Difficile d'en parler sans trop en dire ; on peut tout de même noter une ambiance sublime, digne d'un bon Lovecraft moderne, tout en efficacité et en étrangeté. L'auteur n'en est d'ailleurs pas à son premier essai ; on lui doit déjà d'autres recueils qui flirtent avec l'étrange, le mystère et l'effroi.

 

Claustrophobia, de Zaroff : Une femme tente de comprendre pourquoi son mari est devenu claustrophobe du jour au lendemain

Aussi court que mémorable, aussi simple que prenant, le fantastique se glisse tout en subtilité pour un résultat sobre et puissant. L'auteur m'avait habitué à des récits plus brutaux qui versaient dans le gore avec efficacité. Il prouve ici qu'il manie tout aussi bien les ambiances moins tachantes mais tout aussi angoissantes.

 

Tuer la mère, de Marie Latour : La relation toxique entre un fils et sa mère qui, décidément, ne se lasse pas de mourir

Un mot pour tout résumer : Wow ! Cette pépite est aussi drôle que glauque ; on suit avec plaisir cette relation toxique qui arrive à nous faire rire malgré une ambiance sinistre et des personnages particulièrement torturés, l'air de rien ! En bonus, on ne saura jamais si l'aspect surnaturel du récit est réel ou revient à une simple invention dans l'esprit malade du personnage central. Là encore, on tient une écrivain à suivre de près ; je le savais déjà mais cette nouvelle me le confirme à nouveau.

 

Corpus Christi, de Philippe Blähm : Une famille découvre une variante plutôt pragmatique de sa religion...

Le résumé n'est pas très parlant mais il serait difficile d'en dire plus sans tout spoiler de ce texte particulièrement court. J'avoue avoir été moins convaincu ici ; la faute à une thématique qui ne me parle pas, quand bien même elle est bien traitée. Malgré tout, l'idée est vraiment originale et j'apprécie son côté "4e dimension" vraiment bien mené.

 

Les masques de Carmina, de Henri Bé : À Carmina, des masques flottent la nuit au-dessus des marais; la légende veut que si on arrive à en "attraper" un pour le poser sur son visage, notre vie entière en sera métamorphosée...

J'adore ce concept de base, ces masques flottant comme des papillons. L'image et l'idée sont sublimes et, pour ne rien gâcher, la suite de l'histoire va crescendo, toujours dans cette ambiance de poésie noire qui me parle beaucoup. Il s'agit du genre d'histoires où on imaginerait facilement de nombreuses suites, tant l'univers entrevu semble intéressant. Mais on sait au fond qu'une suite amoindrirait tout l'impact de l'ambiance créée ici, entre fantasy et fable ; ce qui rend notre balade au cœur de Carmina d'autant plus précieuse.

 

Vo(i)lage, de Françoise Grenier-Droesch : Une bande de voyeurs, penchés à une fenêtre, dévorent des yeux l'habitante des lieux.

À nouveau, il serait difficile d'en dire plus : les auteurs des Ombres ont tous ce talent pour nous surprendre à un moment ou un autre de leur récit, si bien qu'il en devient difficile d'en parler tant on veut sauvegarder la surprise pour les futurs lecteurs.

Vo(i)lage est un texte original qui surprend beaucoup au début : on se demande parfois ce qui se passe vraiment, certaines actions nous paraissant étranges. Puis, tout s'explique soudain à quelques lignes de la fin et tout nous parait d'un coup tellement évident ! L'autrice nous sert là un super jeu de manipulation comme je les aime. Pour donner une idée, bien que les deux histoires n'aient aucun point commun, ce procédé me rappelle beaucoup l'excellent Malpertuis de Jean Ray.

 

Piratages, de Cancereugène : Où on s'immisce dans la tête d'un homme muet pour lui soutirer des informations capitales...

Un de mes gros coups de cœur (de cette anthologie mais aussi toutes nouvelles confondues) : un texte original, prenant, intense ; quelques lignes suffisent pour animer un personnage avec plus de force que certaines sagas complètes. C'est la 2e fois que je lis ce texte, et la 2e fois que je m’arrête en pleine lecture en me disant « Bordel, si je pouvais pondre quelque chose ne serait-ce que moitié aussi bon que ça… ».

 

Alice est morte, de Murphy Myers : Alice, trentenaire, visite la maison abandonnée de son enfance et remonte le fil de ses souvenirs.

On me répète à l’oreillette que m’auto-chroniquer serait une pratique partiale et malhonnête. Soit… Je me contenterai donc ici de renouveler mon plaisir de figurer dans un tel recueil avec une histoire qui me tenait particulièrement à cœur.

 

Who owns the night, de Dola Rosselet : Dans un Londres où la sorcellerie est une chose banale, une série de meurtres terrorise la population.

Une ambiance fantasy urbaine victorienne comme je les aime ; j’imaginerais sans mal une suite à cette histoire tant son univers me parait riche, mystérieux et intéressant. D’ailleurs, n’y-a-t-il pas déjà quelques textes reliés à celui-là dans le sac de cette autrice de talent ? Si oui, il me les faut absolument ! Entre légendes classiques remises au goût du jour et inventions de l'autrice elle-même, on plonge dans une ambiance tout simplement géniale.

 

L’arachnide de Tixchihuetzotl, de Addirittura Khelgacbo : Un chercheur nous raconte sa dernière découverte, pour le moins étonnante.

Une nouvelle immersion dans une ambiance Lovecraftienne en toute simplicité et efficacité. On peut regretter la brièveté du récit, plein de potentiel pour déployer un univers complet, mais c’est aussi ce qui fait son charme et son mystère : en dévoiler davantage aurait enlever à la puissance du récit.

 

La mort à mes pieds, de Sarah Buschmann : Un homme essaie d'accepter le cancer qui le ronge en se confiant à la tombe de sa mère, morte elle-même d'un cancer.

Piratages me fout des complexes d’écrivain, comme dit plus haut. La mort à mes pieds aussi ! Un personnage tragique et une relation par-delà la mort vraiment intense, servie par une narration précise et parfaite, sans fioritures inutiles. Le genre de texte que j’aimerais avoir écrit, et qui vous hante encore longtemps après sa lecture. Il s'agit d'un de mes 3 gros coups de cœur de cette anthologie.

 

30 centimes, de Steve Martins : Un homme, en manque de monnaie, parvient à s'acheter ses cigarettes de la semaine en promettant au buraliste de payer sa dette à son prochain passage.

Une dette de 30 centimes, c'est bien peu de chose, non ? C'est sans compter sur la logique impitoyable d'un auteur tel que Steve Martins. On revient ici à une ambiance 4e dimension (récurrente dans ce recueil, pour mon plus grand plaisir). Ici, l’absurde envahit le quotidien d’un personnage amoureux fou de sa routine de vie (point auquel je m’identifie totalement !). 30 centimes prouve qu’une idée simple et sans complication inutile peut donner un résultat renversant. J’ai adoré cette découverte d’un auteur qui, décidément, me surprendra toujours par la variété et la qualité de ses ambiances.

 

L’écrivain, de Ky' : Un écrivain lutte contre l'enfer de la page blanche... littéralement !

C'est l'un des textes les plus courts de l'anthologie, il serait donc difficile d'en parler sans trop en dire. On plonge dans un fantastique assumé qui parlera forcément à tous les auteurs : comment faire quand l'enfer de la page blanche est un enfer bien réel ? Les auteurs des Ombres aiment définitivement prendre certaines expressions et thématiques au pied de la lettre ; et le résultat est toujours plaisant à l'arrivée.

 

Trou de ver, de Renaud Bernard : Où les habitants d'un vaisseau spatial doivent provoquer un trou de ver pour sortir d'une zone dangereuse.

Un brin de SF qui varie les ambiances (il y avait déjà Piratages dans ce genre, mais ici on parle de hard SF). De la SF érotique, en plus ! Histoire de montrer que, même en arrivant vers ses dernières pages, Ombres nous réserve toujours des surprises. Si ce texte n’est pas mon préféré de la fournée, force est de constater qu’il se lit avec autant d’avidité et de plaisir que ses confrères. L'auteur est de ceux qui ne laissent aucun mot au hasard et qui construisent des univers complets avec une facilité déconcertante.

 

Le corbillard rose, de Jean-Marc Mouiller : Et si le nouveau livre Oui-Oui que vous achetez à votre enfant provoquait sa mort ?

3e gros coup de cœur avec ce texte au narrateur parfait et à l’ambiance subtile et sinistre. La fin se dessine un peu en avance et retire un peu de la surprise finale mais, franchement, peu importe : le concept est là, original et prenant ; le personnage est là, plus vrai que nature ; l’ambiance est là : glaçante et pourtant minimaliste quant aux horreurs décrites. J’ai eu une petite pensée pour Candle cove, une Creepypasta que j’adore (peut-être ma préférée), mais Le corbillard rose possède sa propre aura, à la fois innocente et dérangeante, que je ne manquerais pas de savourer lors de futures relectures.

 

Tranches de vie, d'Edith Perro : Un monde où le don d'organes devient la norme... jusqu'à l'extrême.

Vous reprendrez bien un peu de SF ? Ici, entre anticipation et fable sociale, on découvre un nouveau monde glaçant. Le don d'organes est une excellente chose et on pourrait penser qu'un monde qui privilégie cette pratique ne peut qu'aller vers le meilleur. C'est sans compter sur l'autrice de talent qu'est Edith Perro ! On plonge ici au cœur d'un monde noir, corrompu, dominé par les intérêts des plus forts, qui broie ceux qui ne sont pas de taille. On me dit dans l'oreillette qu'un tel monde existe déjà et s'appelle "Réalité". Tranches de vie dépeint tout de même un monde unique en son genre, volontairement caricatural mais pourtant si réaliste ; et c'est justement ce qui le rend si puissant.

 

Le vieux Roger, de Florence Barrier : Où on suit ce cher vieux Roger, voisin détestable à souhait, qui commence l'inspection de son immeuble comme chaque soir...

On finit sur un excellent texte, qui surprend de prime abord : comédie cynique sur un personnage aussi drôle que haïssable, on en vient à se demander quand l'histoire va glisser dans l'imaginaire, et par quel biais (fantastique ? SF ? horreur ?). On finit par comprendre où l'autrice veut nous mener et on commence à sourire, non plus à cause de cet abject personnage (qu'on plaindrait presque, malgré tout ; le mot important ici étant "presque"), mais parce qu'on entrevoit comment le texte va finir. Et malgré ça, quand on arrive à la dernière ligne, on ne peut s'empêcher de rire face à l'ironie de la situation. Ce vieux Roger restera dans ma mémoire, ça c'est certain !

 

On l'aura compris, Ombres est un véritable coup de cœur, sans doute la première anthologie qui place la barre aussi haut (en temps normal, il y a quelques textes excellents et une grande majorité de bons textes qui ne me marquent pas forcément sur la longueur ; ici, c'est l'inverse). Il faut dire que les éditeurs ont pu piocher dans le meilleur de chaque auteur et que l'objet livre en lui-même a été conçu avec autant de soins. Je précise enfin que, si je connais virtuellement la plupart des auteurs de cette anthologie, cela n'a aucune influence sur mon avis : si je n'avais pas vraiment aimé, j'aurais pu m'abstenir de faire ma chronique, tout simplement. De même, si je n'avais pas tant à dire sur chaque texte, je vous aurais évité un tel pavé qui détaille une à une chaque nouvelle. En bref, Ombres est l'une de mes meilleures lectures 2018 et j'attends avec impatience la prochaine sortie d'Elyranthe !

 

Murphy

22 septembre 2018

Les pantins marionnettistes 2 - Samantha Cortenbach

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Résumé des Pantins marionnettistes 2 de Samantha Cortenbach :

Deuxième et dernier volume des Pantins Marionnettistes, le diptyque grand-guignolesque d'une vendetta de masse.

Braham, 1939.

Après le drame du château des Roches, Christian s’est réfugié sur l’île de Braham. Il y retrouve une flopée d’anciens ennemis, réunis là-bas pour refonder la congrégation. En quête de vengeance, il s’entoure d’un groupe d’alliés aux multiples compétences : la communauté. Mais l’imminence de la guerre précipite le départ de leurs ennemis. Pour les retenir de force, ils établissent un plan redoutable, visant à isoler l’île du reste du monde. Par un jeu de manipulation des masses et de falsification de l’information, la communauté grandira jusqu’à s’étendre à l’île entière, pour la plonger dans une psychose collective, qui finira par gagner ses instigateurs...

Disponible ici !

 

Mon avis sur Les pantins marionnettistes 2 de Samantha Cortenbach :

Avec ce deuxième tome, on embarque à nouveau dans l'univers déjanté de Samantha Cortenbach. Ici, les choses m'ont paru plus posées, plus "matures" en un sens ; mais j'imagine que de savoir dans quoi je m'embarquais y joue beaucoup ; je savais déjà plus ou moins où on voulait me mener cette fois. La bonne surprise du tome 1 a donc laissé place au plaisir d'aller au bout de ces aventures rocambolesques (et le mot est faible) en étant conquis d'avance.

L'idée de la manipulation des masses est sans doute celle qui m'a le plus parlé dans cette lutte stratégique (et physique) ; en plus du plaisir de suivre une histoire qui ne se prend pas au sérieux, on décèle un fond de philosophie, ou de morale malgré tout. Rien de révolutionnaire (on sait tous comment fonctionne les foules et à quel point on les manipule facilement) mais c'est très plaisant et mené de façon excellente ! De ce point de vue, les 2 premières parties de ce tome (car il est coupé en 4) sont probablement mes préférées de ce diptyque.

Côté bémols : mon personnage préféré du tome précédent, Andréa, ne fera qu'une apparition très réduite (on ne reviendra à son époque que dans le dernier quart de l'histoire). C'est ce personnage qui m'avait ferré et donné envie de continuer ma lecture dans le tome 1 ; aussi j'espérais pouvoir vite la retrouver ici (ne pas la revoir en fin de tome 1 étant l'un des rares défauts que j'attribuerais aux Pantins marionnettistes). Heureusement, le talent de Samantha Cortenbach nous fait vite oublier cette petite frustration : les autres personnages ne sont pas en reste, on fouille la personnalité de ceux que l'on connait déjà, on en découvre d'autres. La palme revient pour moi à la sorcière Sarah, tordue et barrée (à l'image de toute cette histoire, me direz-vous), que j'ai simplement adorée !

Enfin, impossible de chroniquer une telle œuvre sans revenir sur son style unique. Certes, on se dit parfois que quelques coupes auraient fait du bien à l'histoire et que telle ou telle digression n'est pas primordiale ; un bon quart en moins n'aurait pas fait de mal à nos chers Pantins. Mais c'est dans un sens aussi ce qui fait tout le charme de cette écriture : impactante quand il faut, déjantée sans modération, bavarde dans le bon comme le mauvais sens du terme.

Le plaisir l'emporte le plus souvent, reste à voir ce que donnera d'éventuelles futures histoires signées Cortenbach. Affaire à suivre (de près).

 

Murphy Myers

15 septembre 2018

L'appel de Cthulu - HP Lovecraft

L'appel-de-Cthulhu

Résumé de L'appel de Cthulu de HP Lovecraft :

Boston, 1926. Suite au décès, dans des circonstances étranges, de son grand-oncle, Francis Thurston découvre dans les documents dont il hérite l’existence d’une secte vouant un culte à une créature innommable, endormie depuis des millions d’années.

 

Mon avis sur L'appel de Cthulu de HP Lovecraft :

Comme toujours avec Lovecraft, l'ambiance terriblement efficace ! Est-il encore besoin de le préciser vu la renommé du maître de l'effroi ?

L'appel prouve encore une fois que l'auteur débordait d’idées délicieusement angoissantes. Ici, les rêves similaires de plusieurs personnes concernant le réveil d’un être ancestral, le « sabbat » de la secte qui veut le réveiller et j’en passe pour vous laisser quelques frayeurs inconnues. L’atmosphère terrifiante est bel et bien au rendez-vous, et montre d’un cran à chaque nouveau témoignage.

Reste une narration inutilement compliquée qui a gâché mon plaisir : un personnage trouve les documents de recherche d’un autre (un chercheur) et résume donc lesdites recherches. Il résume ainsi aussi ce que l’autre personnage a lui-même résumé de ses entrevues avec divers témoins. Un résumé d’un résumé de différents témoignages résumant les faits, donc… Vous suivez ? Soit, ça fait penser aux légendes urbaines (un ami d’un ami d’un ami a vu un fantôme !), mais c’est aussi à mon sens inutilement complexe. Il aurait suffi de nous faire lire les notes du personnage chercheur telles quelles. Je sais que c’est une spécialité de l’auteur que ce procédé. Et d’habitude je suis fan et je recherche toujours des textes travaillés de cette façon. Mais ici, je trouve le ressort utilisé à l'excès.

 

Cela ne m'empêchera pas de récidiver dans mes lectures lovecraftiennes. Je n'est à ce jour lu qu'une petite trentaine de ses nouvelles et novellas et je compte bien dévorer l'intégrale tôt ou tard pour retrouver cette ambiance singulière qu'il savait distiller dans ses textes. Affaire à suivre dès que j'aurais mis la main sur d'autres horreurs du maître.

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