Murphy & Poppy

14 juillet 2018

Arch - Romain Lebastard

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Résumé de Arch de Romain Lebastard :

Appartement. Boulangerie. Travail. Bistrot. A répéter jusqu'à la fin. Archibald Delavigne est un solitaire pétri d'angoisses vivant dans une routine déprimante. Jusqu'au jour où un mystérieux inconnu lui lègue trois pouvoirs surnaturels sans aucune raison particulière...

Roman disponible ici !

 

Mon avis sur Arch de Romain Lebastard :

Arch est un texte original et simple. On pourrait penser ce mélange difficile, et pourtant. Sans aller dans l'excès ou les complexifications inutiles, l'histoire arrive à se démarquer en quelques instants, empruntant tour à tour au fantastique, à la fable sociétale, au récit de super-héros, au jeu de manipulation ou encore au drame, pour créer une atmosphère aussi unique que réussie.

Inutile donc de préciser que j'ai trouvé l'histoire prenante et entrainante. Le style direct et limpide participe beaucoup à l'immersion, mais c'est bien l'histoire efficace et rythmée qui capte toute notre attention. D'autant plus que, dès qu'on pense avoir trouvé la limite du concept, dès qu'on se dit "Comment l'histoire pourrait durer encore tant de pages ? Il y a plus rien à ajouter là", aussitôt, l'auteur révèle un nouvel angle, qui paraît évident après coup mais qui surprend sur le moment, qui vient relancer l'intrigue.

Seul bémol (il en fallait bien un), autant la narration est parfaitement exécutée, autant j'ai trouvé que les dialogues manquaient de réalisme par moments. Ils sont très bien écrits, là n'est pas la question, mais peut-être justement trop bien écrits pour être à 100% naturels. Bref, un bémol plutôt mineur qui n'a en soi rien de bien gênant (c'est un comble que de se plaindre d'un dialogue trop bien lécher quand même).

Arch est une excellente lecture, d'un bout à l'autre. Arrivé au dernier quart du livre, je craignais que toute l'histoire ne tombe à l'eau, qu'elle s'arrête soudain, comme bâclée, vu le revirement du personnage central. Il n'en est rien ! Tout comme les revirements qui ont déjà parsemé l'intrigue depuis la première page, quelques retournements bien amenés viennent boucler la boucle de façon parfaite. On arrive ainsi au point final sans même s'en rendre compte.

En bref, Arch est une très bonne découverte, vraiment originale, qui arrive à nous questionner sur de nombreux sujets (après tout, comment lire un tel texte sans se demander "et moi, j'aurais fait quoi à sa place ?"). En piochant dans les tons dramatiques, fantastiques, romantiques, comiques, et en mélangeant approche sociétale et histoire de super-héros, Arch propose un récit unique en son genre. À lire de toute urgence pour qui recherche une lecture entrainante et divertissante, sans pour autant déposer son cerveau à l'entrée.

 

Murphy Myers

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07 juillet 2018

Le mystère du hansom cab de Fergus Hume

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Résumé du Mystère du Hansom Cab de Fergus Hume :

Un soir, Malcolm Royston, conducteur de fiacre à Melbourne, découvre qu'il transporte le corps d'un homme qui a manifestement été asassiné. Hormis un etui à cigarettes en cuir de Russie et le mouchoir de soie qui a servi a à chloroformer la victime, aucun papier ni signe distinctif ne permettent de l'identifier. Samuel Gorby, détective de la police de Melbourne, va mener une enquête pleine de surprises, qui l'entrainera dans les beaux quartiers de la ville comme dans ses bas fonds les plus sordides.

Publié en 1886, "Le mystère du hansom cab" est l'une des oeuvres les plus célèbres de la littérature policière. Premier roman criminel à accéder au statut de best-seller, il surpassa en ventes les aventures de Sherlock Holmes.
"Le mystère du Hansom cab", derrière d'apparentes facilités, est avant tout le roman des tensions sociales contemporaines et l'on sera surpris ici du dénouement d'une incroyable immoralité.

Mon avis :

On nous décrit le meurtre d’un homme, dans un cab qui le ramène chez lui, alors qu’il est accompagné d’une seconde personne. Qui est cette personne ? Qui est la victime que l'on arrive pas à identifier ? Pourquoi ce meurtre ? Autant de questions qui attisent la curiosité du lecteur dès les premières pages.

Depuis cette nuit où un homme est tué jusqu’à son dénouement, le lecteur rencontre les différents protagonistes de l’histoire. Les personnages ne sont pas nombreux, ce qui permet de très facilement se repérer. Par contre, il n’y a pas de héros au sens où nous suivons un seul personnage principal.

En fait, nous suivons plusieurs personnages le temps de leur « scène ». L’histoire est découpée en plusieurs chapitres relatant les différentes étapes de l’affaire :

- Nous débutons avec un meurtre plutôt mystérieux

- Nous suivons un enquêteur et comment il trouve le « coupable »

- Nous assistons au procès qui révèle que le coupable ne l’est en fait pas

- Nous reprenons l’enquête avec l’avocat et un second enquêteur, ce qui permet de développer les différents protagonistes.

Ainsi, certains personnages ne font qu’une apparition, le temps d’un ou de deux chapitres. Ce qui est dommage pour certains, je pense notamment au premier détective dont l’impertinence m’avait tout à fait plue. D’ailleurs,il n'apparait dans le reste de l'histoire que sous la forme de références.

Certains mystères n’en sont pas vraiment, le lecteur peut très facilement discréditer la moitié de l’enquête, celle-ci se basant sur un postulat que le lecteur devine assez vite biaisé.

Ce roman est doublement intéressant car il s’inspire des romans policiers du 19ème siècle, mais on sent également une large part de roman gothique : les personnages ont des secrets qui, s’ils sont révélés, pourraient ruiner leurs vies ou celles de leurs bien-aimé.e.s. Par exemple, il s’agira avant tout pour notre « coupable » de garder secrète une information qui mettrait en péril l’existence de sa fiancée mais qui pourrait le sauver de la condamnation à mort qui lui pend au nez.

Le point fort c'est que l'histoire ne se termine pas bien pour tout le monde.

Sans pousser le spoil plus loin, on a ici un très bon roman-feuilleton qui se lit assez rapidement.

Poppy

 

 

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30 juin 2018

Le nombril du monde - Roland C. Wagner

 

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Résumé du Nombril du monde de Roland C. Wagner :

Un menhir venu des temps immémoriaux, aux pouvoirs secrets, va bientôt déchaîner toute sa force.

Pour se dresser devant les forces du Mal, un seul homme, l'Œil, musicien qui a roulé sa bosse dans le milieu du rock et de ses « stars ». Le menhir est le Nombril du monde. Tous les quatre-vingt-quinze ans, la pierre dressée se recharge en potentiel mystique pour libérer Satan de sa prison. Une course contre la montre pour sauver le monde est déjà lancée…

Druides, satanistes, apparitions, magie noire, cérémonies clandestines et rites occultistes... C'est à une affaire bien obscure qu'est confrontée Yasmine, l'une des enquêtrices de l'étrange de l'Agence Arckham.

 

Mon avis sur Le nombril du monde de Roland C. Wagner :

Un roman aussi court que sympathique ! J'étais pourtant refroidi suite à ma lecture du précédent "récit de l'étrange" (115 degrés vers l'épouvante, qui n'était pas vraiment ce que j'attendais et que nous chroniquerons peut-être sur le blog plus tard) et je craignais de tomber sur une histoire clichée, avec ce résumé qui met en avant des druides et des satanistes notamment. Il n'en est rien, j'ai été très positivement surpris par Le nombril du monde !

L'histoire est simple mais efficace, bien mise en scène. Les deux personnages centraux (L'Oeil et Yasmin) m'ont bien plu, ils se dressent au milieu d'une foule volontairement clichée et en ressortent d'autant plus sympathiques. On les suit avec plaisir et, même si on en sait finalement peu sur eux, on s'attache facilement à leur personnalité.

Le personnage du frère de Jasmine m'a beaucoup énervé par contre. Je n'ai rien contre le verlan, mais la parodie va trop loin en ce qui le concerne, je trouve. Chaque phrase qu'il prononce est une torture à décrypter. Ajouté à ça que ce même personnage ramène le grand affrontement final au niveau d'une blague de mauvais goût... Car c'est le deuxième point noir de ce texte, selon moi : la fin m'a parue, pas forcément bâclée (parce qu'elle va sans doute dans le sens voulu par l'auteur) mais "brutale" et "facile" en un sens.

Malgré tout, j'en retiens une lecture plaisante, particulièrement rapide (moins de 150 pages, ça aide !) avec de bons personnages centraux et une histoire bien sympa à lire. J'ai à ce jour déjà lu 4 des textes de la première saison de l'étrange, et celui-ci est mon deuxième préféré pour l'instant.

Murphy Myers

23 juin 2018

La mort s'invite à Pemberley de P.D. James

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Résumé de La mort s'invite à Pemberley de P.D. James :

Rien ne semble devoir troubler l'existence ordonnée de Pemberley, le domaine ancestral de la famille Darcy, ni perturber le bonheur d’Elizabeth, la maîtresse des lieux. Elle est la mère de deux charmants bambins et Jane, sa sœur préférée, habite tout près. Cette félicité se trouve soudain menacée lorsque, à la veille du bal d'automne, un drame contraint les Darcy à recevoir la plus jeune sœur d'Elizabeth et son mari, que leurs frasques passées ont rendu indésirables à Pemberley. Avec eux s'invitent la mort, la suspicion et la résurgence de rancunes anciennes.

Tout en restant fidèle aux personnages du roman de Jane Austen, P.D. James imagine avec brio une suite – policière – à Orgueil et préjugés.

Mon avis sur La mort s'invite à Pemberley de P.D. James :

Il y a une première fois à tout et ce livre est ma première expérience Phillys Dorothy James.

Pour une première expérience, j'aurai pu/du commencer par un autre. En effet, ici, P.D. James nous ouvre une suite criminelle à Orgueil et Préjugés de Jane Austen. Difficile, j'imagine, d'en apprécier toutes les références sans avoir au préalable lu ce dernier.

Evidemment, votre aimable adorable têtue Poppy a décidé de n'en faire qu'à sa tête, de ne pas passer par la case départ et de ne pas gagner 20 000 francs et de ne pas lire le Jane Austen. Mais c'était en tout connaissance de cause.

Cela a eu quelques conséquences sur ma lecture, je dois bien l'avouer. Mais rien de bien grave, car La mort s'invite à Pemberley peut se lire de façon complètement indépendante. Je pense que le fait d'avoir lu Orgueil et préjugés amène seulement une vision plus claire des relations entre les personnages de La mort ... Il y avait de nombreux personnages que je n'arrivais pas toujours à remettre.

D'ailleurs ceux-ci n'ont pas tellement d'épaisseur psychologique. Elisabeh est l'épouse effacée, d'autant plus lisse si on la compare à sa soeur Lydia, véritable peste hystérique que j'ai aimé détesté mais hélàs pas assez présente à mon goût. Hormis cette dernière, tous les personnages sont lisses et on les oublie assez vite. Ce qui est véritablement dommage.

A part quelques longueurs, on a affaire à une histoire qui fera sans mal penser au roman noir du 19ème siècle dont l'auteure s'inspire évidemment. Dans la résolution de notre affaire, rien de bien foufou. Il n'est pas possible d'anticiper la résolution même si on peut présentir les grosses mailles si on lit le roman en gardant à l'esprit le principe du fusil de Tchekhov (aucune information n'est là gratuitement).

En quelques mots, un roman facile qui se lit vite - en deux jours en prenant votre temps - mais pas indispensable.

 

Poppy

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16 juin 2018

Les proies de l'ombre - Charles L. Grant

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Résumé des Proies de l'ombre de Charles L. Grant :

La vie de tous les jours dans une petite ville d'Amérique : les maisons aux pelouses ombragées, les enfants qui jouent dans les jardins, les hommes qui s'affairent dans leurs bureaux...

Et puis, silencieusement, insidieusement, une faille, une fêlure qui menace cet uni­vers tranquille : des enfants qui empruntent un toboggan vers l'ailleurs, une vieille dame qui joue du piano pour dérober le bonheur des autres, des bruits de pelle dans la nuit, des balançoires qui oscillent toutes seules et sans l'aide du vent, un accident de voiture condamné à se répéter pour l'éternité, un amour absolu aux conséquences horribles, un héritage de sang, des souvenirs d'adolescence qui se révèlent mortels... Et, tout au bout, la terreur, une terreur si douce...

Onze contes fantastiques modernes par celui que Stephen King considère comme « un des meilleurs écrivains de sa génération, ou de n'importe laquelle ».

 

Mon avis sur Les proies de l'ombre de Charles L. Grant :

Charles L. Grant est relativement peu connu en France ; c'est pourtant un grand auteur anglo-saxon du fantastique moderne dont la réputation n'est plus à faire là-bas. Alors quand j'en ai entendu parlé, j'ai immédiatement voulu découvrir ses œuvres. J'ai jeté mon dévolu sur le recueil Les proies de l'ombre, à défaut de trouver un roman traduit de cet auteur...

Dans la préface, l'auteur raconte qu'il fait de "l'horreur subtile". Pas, ou peu de monstres par ici. L'effroi vient de l'ambiance en elle-même. Une version filmée d'une nouvelle de Grant se passerait d'effets spéciaux par ordinateur, par exemple, et ne recourraient qu'à quelques effets "physiques". Et j'adore ça, j'adore et j'approuve ce concept, cette façon d'amener l'horreur que les modes actuelles semblent vouloir délaisser !

A ce sujet, petite parenthèse : si vous avez été attiré par la couverture du livre, vous allez être déçu ! Elle ne pourrait pas être plus mal choisie et plus hors sujet. Et je me demande d'ailleurs quel éditeur a pu se dire "L'auteur et la préface nous expliquent bien qu'il s'agit de terreur subtile, pas de scènes visuellement choquantes ? Ah, bah mettons une fille à poil et en sang sur la couverture, ça sera parfait !". S'il pouvait effectivement espérer mieux vendre avec ça, il a du se mettre à dos pas mal de fans de gore qui ne trouveront jamais leur compte dans ces nouvelles !

Mais revenons à notre sujet : ces nouvelles d'angoisse donc ! Ma préférence va à la toute première du recueil, où des "vampires" déshumanisent les foules. Dès qu'il y a un accident de la route, tout le monde vient s'attrouper pour voir mais personne ne réagit. L'auteur a alors imaginé une explication à ce fait malheureusement trop souvent réel : ces foules comportent toujours des "vampires" sans cœur, qui contaminent les autres. Et on ne peut rien y faire. Comment ne pas adhérer à un concept si simple et pourtant si génial ?

Deux autres de mes petites préférées jouent plus encore sur la carte de l'étrange et auraient fait de superbes épisodes de la 4e dimension : d'un côté, un accident de voiture qui se répète chaque semaine, et dont la victime est toujours la même, mais à chaque fois plus jeune, et qui semble avoir tant aimé que le voisinage vienne à son secours la première fois qu'elle répète en boucle son drame (belle mise en pratique de l'adage "donnez lui la main, il vous bouffera le bras" et parfaite allégorie de ces personnes qui se confortent dans leur malheur dans le seul but d'attirer la sympathie et l'assistance d'autrui) et d'un autre côté, un texte sur les souvenirs qui prennent vie, ou plutôt, où les souvenirs emprisonnent les gens à jamais.

Mon véritable bémol (hormis cette couverture terriblement mal choisie, mais que je ne peux pas imputer à l'auteur) serait, paradoxalement, sur la lenteur générale de certaines nouvelles. Alors oui, ça fait partie du processus, j'en ai bien conscience, et d'ailleurs, l'auteur l'explique lui-même : pas d'actions effrénées ici mais une angoisse sournoise qui se glisse dans l'ambiance des textes. Mais je pense quand même qu'il y aurait eu matière à raccourcir certaines histoires, où je me suis dit, en fin de lecteur "Ok, donc tout ça pour ça en fait ?".

Les nouvelles de Grant ne m'ont pas toutes transporté mais elles ont été nombreuses à me ravir. Et, à vrai dire, plus je repense à elles, plus je les aime ! Ce n'est pas le genre de livre qu'on peut lire à la va vite (ça aussi, on nous le dit en préface et je ne peux qu'adhérer). On est loin d'un page turner (ce qui n'empêche pas que j'ai dévoré la chose sans difficulté). Ici, on serait plus dans un genre Lovecraftien, où il faut savourer la lecture, savourer les subtilités et les frissons qu'elles procurent. Et avec des idées aussi originales et bien mises en scène (j'aurais aimé, en tant qu'auteur, avoir de telles idées !), on ne va pas se gêner de toute façon !

Murphy Myers