seance-small   Résumé : La demeure de Wraxford est un ancien manoir anglais habité de vieilles légendes. Des disparitions étranges s’y sont succédées sur plusieurs générations. Jusqu’à celle d’une femme et de son enfant, évaporées dans la nuit, suite à une séance d’occultisme. Au travers des journaux intimes de la disparue ou encore du rapport d’un notaire ayant côtoyé la famille Wraxford, Constance Langton, jeune orpheline, se met en tête de lever les derniers mystères du manoir maudit dont elle a, à sa grande surprise, hérité.  

   Notre avis :

   MURPHY : Avant tout, je m’attendais à plus d’épouvante et moins de drame. Mais le côté thriller mystérieux vaut bien une affaire de hantise classique, d’autant plus que le tour de force est réussi. Les mystères s’imbriquent bien ensemble, malgré des débuts difficiles à cause du grand nombre de personnages qui apparaissent assez vite et du fait qu’on ne sache pas trop, au départ, quels liens il y a entre eux. Par chance, les explications se font au fur et à mesure, d’elles-mêmes, sans qu’on ne sache concrètement à quel moment on a compris la réponse à telle ou telle énigme.

   POPPY : Le livre est, en effet, formé sur une alternance de point de vue. De ce fait, on a  une histoire dans l'histoire. La première s'installe avec le récit de Constance (le premier récit) qui reçoit la visite de John Montague (le deuxième récit) qui sert de transition au troisième récit, le journal intime d'Eleanor Unwin qui devient, dans la quatrième partie, Nell Wraxford. John Montague continue l'histoire et pour le dernier acte, le lecteur est de retour aux côtés de Constance et on assiste à l'enquête proprement dite.

   MURPHY : Plus précisément, la première partie, avec la mère éplorée et la sœur morte, finit par un coup de maître qui est d’autant plus efficace qu’il est simple et semble être la seule solution possible une fois qu’on y a assisté. On pourrait par contre lui reprocher de s’étendre longuement sur des faits qui, finalement, ne sont pas essentiels au récit complet.

   La deuxième partie, là où j’ai eu du mal à cause de l’apparition de nombreux nouveaux personnages, pose les bases du mystère Wraxford. Une fois les premières difficultés passées, la lecture repart de plus belle et on s’immerge sans mal dans une ambiance gothique et poétique au possible. Les troisième et quatrième parties sont plus fluides. Elles relient les faits connus avec efficacité.

   POPPY :Jusqu'ici pas d'originalité puisque cette alternance de points de vue et d'histoire dans l'histoire sont des ingrédients des livres du genre : La dame en blanc de W. W. Collins, Melmoth de Charles Robert Maturin, Les elixirs du diable de Hoffman, etc.

   On retrouve d'autres éléments conventionnels du roman noir : le manoir délabré, le spiritisme, l'hypnose, les mystères qui se retrouvent expliqués de façon rationnelle, un peu à la Anne Radcliffe et Les mystères d'Udolphe.

   MURPHY : La séance est ainsi un hommage gothique des plus honorables, qui en reprend tous les codes, et qui s’allie parfaitement à un côté plus « policier » par ses diverses énigmes et les enquêtes de chaque personnage dessus. Mention spéciale au journal d’Eléanor, qui réserve une très bonne surprise (sans doute la meilleure du livre), mais je n'en dis pas plus.

   POPPY : Le roman noir ou gothic novels est vraiment un genre que j'apprécie particulièrement. Par contre, je pourrais lui reprocher ses personnages un peu stéréotypés. Dans La séance on n'en est pas, toutefois, aux caricatures de Anne Radcliffe : dans Les mystère d'Udolphe son héroïne est sans cesse en train de s'évanouir, voire de chercher une chaise ou un lit dans l'optique d'un évanouissement... mouais, peut-être que dans ses autres romans ses personnages ne sont pas autant fades. En tout cas, ici Constance et Eleanor sont des femmes sensibles et indépendantes, qui s'évanouissent par deux fois il me semble, mais pas à chaque page et quel soulagement de voir que John Harwood n'a pas repris cette thématique !

  

   En résumé…

   MURPHY : Même s’il y a quelques longueurs et chemins détournés, c’est une histoire à lire, ne serait-ce que pour les deux retournements de situation magistraux qui y ont lieu, et pour tous les autres petits retournements qui sont tout aussi sympathiques.

   POPPY : Au final, j'ai quand même passé un bon moment. L'intrigue demeure prévisible mais l'écriture est fluide. Le livre se lit, du coup, très vite. Les passages à suspens sont bien ficelés. C'est un bouquin dans la pure veine des gothic novels et cela en fait, pour moi, un coup de coeur malgré ses défauts.

    Petit plus : Au cours de cette lecture, m'est revenue en tête une nouvelle, qui lui ressemble de part son sujet (l'hypnose) de Maurice Renard Le rendez-vous qui est géniale, pas moins. Si vous avez la possibilité de la lire, foncez !

Murphy & Poppy